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Troyes fête les 900 ans de Rachi


Samedi, 10-Jan-2015
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  Il y a 900 ans que Rachi est mort, il fut le plus grand commentateur de la bible et du talmud connu. Ses travaux ont été plagiés par Nicolas de Lyre qui fut l'inspirateur de  Luther. Sa notoriété dans le monde non juif est récente, pourtant grâce à lui on connaît mieux le français du moyen âge.    
    L'engouement municipal de Troyes pour célébrer son grand homme n'est pas dénué d'intérêt, mais qui s'en plaindra ?


 

J 'ai participé à un voyage communautaire à Troyes sur les pas de Rachi, Maître Salomon fils d'Isaac, ou Rabbi Chlomo Isrtz'haki. Il faut dire que son âme est à l'honneur, cela fait 900 ans qu'ils nous a quitté, et il nous manque déjà !   1040-1065 il est mort à 65 ans, et moi qui en ai 61, je me dis que je n'ai plus que quatre ans pour égaler sa notoriété, il va falloir que je mette les bouchées doubles.  

         En préparant cet article, j'ai senti la distance se raccourcir. Rachi un homme du moyen âge, a vécu en plus dramatique quelque chose que j'ai ressenti : le passage d'une société tolérante où les juifs se sentaient aimés, à une société de méfiance et de crainte. Il a vu les conséquences de l'intolérance islamique, et la réaction sauvage des croisades dont mes coreligionnaires de la vallée du Rhin ont été les premières victimes. Pourtant, ce grand savant est resté serein, protégé par les Comtes de Champagne, les orages anti-juifs se sont déclenchés plus tard à Troyes où l'on a attendu 100 ans pour voir les premiers bûchers. Rachi a vécu paisiblement.  

         L es historiens ont longtemps débattu pour savoir si Rachi était de Troyes de Worms, ou de Mayence, voir de Metz; Français ou Allemand ? à l'époque cela n'avait pas grand sens, il n'y avait pas d'État au sens propre, mais un patchwork de seigneuries, chaque village avait son patois  un peu différend de celui d'à côté, Rachi parlait champenois, Worms, Mayence et Metz étaient en Lorraine à l'époque, quelle langue y parlait-on ? des patois allemands et francs, le latin, les lettrés se comprenaient.

         R achi est "Le" commentateur juif de la bible, il s'est escrimé toute sa vie à faire comprendre simplement des textes parfois ambigus. Pour cela, il a eu recours aux expressions courantes de son époque, dans sa langue habituelle, le français. Grâce à lui nous connaissons mieux le Champenois du XI ième siècle.  On appelle ces mots les "Laazim"   Voici quelques exemples :   herisson que l'on peut lire "h',r,i,tss,o" est "hérisson".Pourquoi ce tss, alors que la lettre "ss" existe en ébreux ? Les voyelles alphabeth n'existant pas dans cette langue il reste quelques doutes sur la bonne prononciation. limace  "l,i,m,tss" est une limace.   cigogne se lit  "Tss,i,gu,o,n,i"  Tsigoni... vous avez reconnu la cigogne.  

     L es "laazim" montrés ci dessus sont écrits en hébreux classique, mais Rachi avait une écriture propre que tout le monde appel l'écriture Rachi, même si ce n'est pas lui qui l'a crée, il n'a fait qu'utiliser une écriture simplifiée sépharade, c'est à dire espagnole . En graphologie on sait que plus les gens compliquent leur façon d'écrire... moins ils sont intelligents ! donc non seulement Rachi était champenois, mais il était intelligent. On raconte qu'un berger ayant perdu une brebis   avait expliqué au propriétaire que 99 moutons plus un Champenois, cela faisait cent bêtes !   Pourtant Rachi était champenois, et n'était pas bête !  

 
 

  Ltroyesorsque j'étais adolescent à Troyes, je fréquentais assidûment la synagogue, non pas en raison de mes éventuelles tendances mystiques remarquablement bien cachées, mais par ce que mon père était très croyant et très pratiquant, et que son plus grand bonheur était d'aller à la "schule" accompagné de son fils.

Pour ma part j'appréciais sa compagnie, les interminables discussions que nous avions en marchant ensemble. Près d'une demie heure de dialogue père-fils, et une heure avec le retour, cela crée des liens, et ces liens manquent cruellement dans les familles actuelles. Nous parlions de tout, un jour j'ai vu que M Moreau, épicier de son état, tenant boutique près du "pont de la gare" allais acheter le commerce d'à côté pour s'étendre, et j'ai dit à mon père : "Moreau va ach.." je n'ai pas eu le temps de terminer ma phrase, que mon père me dit "Ne dit pas de bêtise, Michel", je dit bien Michel pas Françoise (les initiés comprendront), car il avait horreur de toutes expressions vulgaires, et "Mort aux vaches" ne lui plaisait pas. 

Papa me parlait des anciennes «Shules» de Troyes. Le mot Shule vient de l'allemand école, et probablement indirectement du latin scola. C'est le nom en Yddish et en judéo alsacien pour désigner la shule synagogue, lieu traditionnel d'études et de prières.  La plus ancienne, me dit il était dans la "maison carrée" .  

    Ce bâtiment n'a rien pour plaire, elle était au cœur du quartier juif, dans les "quartiers bas", à côté de la cathédrale. Elle fut, transformée en église après que ce hLDMS%LDNNN de Philippe le Bel eut expulsé mes ancêtres. Mais la justice divine a sévit et l'église a brûlée. Au XIX ième siècle, on a transformé le bâtiment en  logement, et lors de la visite de la ville en compagnie d'une charmante guide de l'office du Tourisme, une locataire, chargée d'histoire comme son appartement, nous a longuement expliqué depuis son balcon fleuri combien elle était fière d'habiter une demeure historique. 

Il y avait à Troyes une rue de la synagogue, et la plaque était posée sur l'Églises Saint Pantaléon, près de l'hôtel Vauluisant, où se trouve aujourd'hui le musée de la bonneterie ( je vous le recommande).  Cette église plus moderne que les autres, plus simple, m'évoquait un temple protestant, voir une ancienne synagogue, et j'y cherchais des traces juives. J'en ai trouvé une ou deux, mais quoi d'étonnant, les religions chrétiennes et juives ayant les mêmes origines, certaines images maison chrétiennes évoquent naturellement le judaïsme.

Nous recherchions le fameux mur qui selon la légende s'était enfoncé pour protéger Rachi encore dans le ventre de sa mère d'une calèche en furie, je crois même que nous en avons trouvé un ou deux.  Mais la triste réalité est que la ville était en bois, y compris les toits, et que de nombreux incendies on détruits toute la ville médiévale.

Même les bâtiments les plus visibles comme la cathédrale, où les vénérables maisons qui sont restaurées à grand frais en ce moment datent au mieux de la renaissance, soit plusieurs siècles après que Rachi nous eût prématurément quitté.

Donc, si vous visitez Troyes, vous y trouverez des merveilles, en particulier une collection d'églises remarquables avec des vitraux à vous couper le souffle, mais ils datent au mieux du XIII ième siècle, Rachi n'a donc pas pu les connaître.

De toute façon, on voit mal cet érudit noyé dans ses bouquins se perdre dans ces temples qu'il devait jugé païens par la multiplication des "idoles" qu'on y rencontraient !  

      

 

Toutefois, ne croyez pas que Rachi ait eu de mauvais rapport avec ses concitoyens non  juifs, il a vécu une ère charnière, au début de sa vie, il n'y avait que très peu d'antisémitisme. les communautés juives étaient nombreuses en Champagne, Ile de France, Lorraine, Anjou et Normandie.  Il n'y avait pas de mesures discriminatoires, et les contacts étaient bons même avec l'église, les prêtres allant souvent demander aux rabbins des explications sur des passages obscures de l'ancien testament. 

Malheureusement, la crises au Proche Orient allait tout changer, les persécutions dont les chrétiens d'orient ont été victimes ont entraînées une sorte de «nationalisme chrétien» très fort. Les croisades ont permis à une intolérance et à une xénophobie d'une violence inouïe de s'exprimer librement. Les premières victimes des croisades ont été les juifs de la vallée du Rhin qui ont été massacrés en masse.  Rachi a vu le monde basculer, il a appris la mort de ses maîtres exterminés au nom de

Si on me permet de sauter neuf siècles, j'espère de tout coeur que les islamistes ne provoqueront pas de réactions chrétiennes trop fortes, outre le retour à la barbarie que provoque toute guerre, les juifs en seraient à nouveau les premières victimes. Les mêmes causes entraînent souvent des conséquences comparables, et après tout les croisades ne sont pas si loin de nous.    

 
 

Lors de mon adolescence à Troyes, personne, hormis la petite communauté juive n'avait jamais entendu parler de Rachi. Cependant c'est au début des années 60 qu'on a donné le nom de "Salomon Rachi" à une ruelle de la ville. Cela nous a tous beaucoup étonné. Notre communauté n'était pas demanderesse !

Comment expliquer cet intérêt qui est allé en grandissant ? et bien simplement par la crise du textile. Dans les années cinquante, Troyes, capitale de la bonneterie était une ville prospère, prospère et ouvrière. La bonneterie était la mono industrie, et les usines fleurissaient, non seulement on tissait et on coupait, mais on teignait, on cardait. On fabriquait aussi des métiers à tisser. Toute la ville vivait au rythme des bas, des caleçons, des polos et des maillots de bain.

Or, comme les esprits éclairés l'avaient prévu, la concurrence du tiers monde devait être irrésistible et la ville de Troyes devait se reconvertir. C'était très dur, car la ville était ouvrière, sans élite, sans université, sans moyen de communication moderne. Les édiles ont décidé de jouer sur l'image médiévale afin de mettre en avant ses maigres atouts :

- Des églises aux vitraux extraordinaires
- Une histoire prestigieuse : N'est-ce pas à Troyes que la France a été vendue à l'Angleterre au cours d'un traité honteux pendant la guerre de cent ans ?
- De grandes figures : Chrétien de Troyes roi des troubadours, qui a écrit les histoires de Percevals et qui est réputé être le plus célèbre des poètes français du XII ème siècle, et Rachi dont la notoriété internationale à travers le monde juif faisait connaître Troyes bien au delà de nos frontières, en particulier dans les pays anglo saxons et surtout aux Etats-Unis.

La ville alors, a fait ériger un monument en l'honneur de Rachi, elle a crée un institut universitaire présidé par des professeurs prestigieux demeurant dans la capitale dont le Grand Rabbin René Samuel Sirat ancien Grand Rabbin de France. Elle a développé une faculté des lettres, et d'autres institut d'enseignement supérieur.

L'office du Tourisme prévoit une visite de la ville à thème juif, et bien sûr toute la ville s'est mise en quatre pour célébrer l'anniversaire de la mort du grand homme qui a porté haut et loin les couleurs de sa bonne ville de Troyes.     

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      Les malheurs des uns faisant le bonheur des autres, la crise de la bonneterie a eu une autre conséquence pour la ville de Troyes.

      Son industriel le plus fortuné, Pierre Lévy, le PDG de "Devanlay & Recoing", qui avait contrôlé jusqu'à 17 000 ouvrier dans la ville a été mis en difficulté. Le nom du groupe est inconnu du grand public mais pas les marques dont il fut propriétaire : Lacoste, Dim etc... .

      Pierre et Denise Lévy étaient de grands amateurs d'art, ils avait ramassés au fil des ans une superbe collection de tableaux de réputation mondiale dans leur grande villa de Bréviande. Pierre Lévy a été amené à en faire don à la ville qui a aménagée l'ancien évéché pour recevoir ces chefs d'oeuvres.

L'ancien évêché est situé dans les quartiers bas, tout près de l'ancien quartier juif, là où habitait Rachi.
Malheureusement, Pierre Lévy n'était pas de ma famille,
verrerir inutile donc de venir chez moi dans l'espoir de me cambrioler !
Sans renier ses origines juives, Pierre Lévy ne fréquentait pas notre communauté, tous les ans, il lui faisait un don généreux, en même temps qu'il signait un chèque équivalent pour l'évêché.

Lors de notre visite nous avons passé un long moment dans ce musée.
Afin de vous donner envie d'y aller je vous offre deux photos prises en douce (sans flash) au musée .... un tableau montrant bien les futurs désagrément conjugaux d'un malheureux mari, et une verrerie dont vous pourrez apprécier la finesse.

Michel  Lévy

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Bibliographie :
Parution : Mars 2005
RACHI ET LA CHAMPAGNE

dir. Julianne UNTERBERGER et Claude SECROUN

Collection : Histoire des Religions
ISBN 2-915271-06-2, 96 p., 15 x 21, 12 ¬ 

 

  http://agora.qc.ca/Dossiers/Chretien_de_Troyes
 

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