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Revue de presse sur la Syrie début août 2013


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Les jihadistes font imploser la rébellion syrienne

Les affrontements au sein de l’insurrection laissent augurer une fragmentation du pays.

Responsable du courant salafiste dans le sud de la Jordanie, cheikh Mohammed al-Chalabi, alias Abou Sayyaf, a le mérite de parler franchement. Dans une interview parue hier dans le quotidien Al-Hayat (à capitaux saoudiens), il a annoncé que les combats au sein de la rébellion entre islamistes et «modérés» étaient inévitables et allaient encore s’intensifier après la chute du régime de Bachar al-Assad. Pêle-mêle, le religieux accuse l’Armée syrienne libre (ASL) d’avoir partie liée avec la dictature syrienne et de chercher à imposer la démocratie plutôt que la charia.


« Ce n’est donc plus une seule guerre qui se déroule aujourd’hui en Syrie »

Ce n’est donc plus une seule guerre qui se déroule aujourd’hui en Syrie, celle entre le régime et l’opposition, mais deux, trois, voire davantage, le pays étant devenu la terre d’accueil, de rencontre et d’affrontements de toutes les mouvances islamistes radicales. Avec, comme corollaire, la fragmentation des zones dites «libérées».
Un phénomène qui commence à apparaître aussi dans les régions tenues par les forces loyalistes, où se créent des fiefs contrôlés par des chefs de chabiha (milices composées à l’origine de voyous, surtout alaouites, et à présent plus idéologiques) qui échappent de plus en plus au contrôle central de Damas.
Sans compter le Hezbollah libanais, dont les déclarations des responsables laissent entendre qu’il se comporte désormais sur le terrain comme une force autonome.

C’est l’assassinat, jeudi, de Kamal Hamami, un chef rebelle de l’Armée syrienne libre (ASL) par des insurgés islamistes liés à Al-Qaeda, qui témoigne de l’ampleur de la fracture entre ces deux composantes de la rébellion. Au début de l’intifada syrienne, les insurgés, qui cherchaient désespérément de l’aide face à la puissance de feu de l’armée régulière, avaient accueilli à bras ouverts les jihadistes, dotés de meilleures armes, aguerris au combat et prêts à se battre jusqu’au dernier souffle. Depuis, ils ont déchanté devant le fanatisme de ces derniers. Début juin, l’exécution d’un garçon de 15 ans par des combattants de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL) à Alep, tué pour avoir prononcé ironiquement le nom de Mahomet, avait particulièrement choqué.

Point de non-retour.

Désormais, enlèvements, meurtres et combats se multiplient entre ces deux parties que ne réunit plus leur haine commune du régime syrien. Samedi, des affrontements ont éclaté à l’aube près de Ras al-Hosn, dans le nord de la province d’Idlib, entre guérilleros de l’EIIL et combattants de l’ASL, les premiers cherchant à s’emparer d’armes stockées dans des dépôts des seconds, selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). C’est dans cette même province frontalière avec la Turquie que des dizaines de rebelles de l’ASL avaient été tués il y a quelques jours lors d’une bataille contre l’EIIL, toujours selon l’OSDH. Un chef de brigade avait même été décapité par l’ASL. «Il y des attaques [islamistes] de ce genre dans de nombreuses provinces», a encore souligné Rami Abdel Rahmane.

Depuis, l’assassinat de Kamal Hamami apparaît comme un point de non-retour. Le meurtre aurait été commis lors d’une rencontre entre Hamami et un responsable de la branche locale de l’EEIL dans la province de Lattaquié (nord-ouest du pays). C’est ce dernier, un jihadiste irakien du nom de Abou Ayman al-Baghdadi, qui a tué personnellement le jeune chef de l’ASL et son frère, dont les corps n’ont toujours pas été rendus. Pour le politologue franco-libanais Khattar Abou Diab, les raisons du différend portaient vraisemblablement sur une divergence de stratégies, les islamistes voulant s’en prendre à la communauté alaouite (dont est issu Bachar al-Assad), très importante dans cette province, et l’ASL s’y opposant, désireuse de plaire aux Occidentaux dont elle espère des armes.

Poudrière.

En fait, les jihadistes sunnites n’interviennent pas seulement contre le régime de Bachar al-Assad. Ils ont aussi un objectif de guerre confessionnelle contre les alaouites, les chiites et les autres minorités jugées hérétiques ou infidèles. Les talibans pakistanais, qui haïssent également les chiites et les autres minorités musulmanes, s’inscrivent dans cette logique. Or, ils viennent d’annoncer avoir envoyé des centaines de combattants en Syrie, où ils auraient déjà établi leurs propres camps. «Puisque nos frères arabes sont venus ici pour nous soutenir, nous sommes tenus de les aider dans leurs différents pays, et c’est ce que nous avons fait en Syrie», a déclaré dimanche à Reuters un chef du mouvement Tehrik-e Taliban Pakistanais, resté anonyme. Il a aussi promis la prochaine diffusion de vidéos illustrant leur participation aux combats. C’est donc un renversement de l’histoire : les combattants arabes venus s’entraîner clandestinement dans les camps d’Al-Qaeda dans les zones tribales pachtounes pakistanaises et afghanes reçoivent aujourd’hui, en retour, le soutien des talibans pakistanais, eux-mêmes très liés à Al-Qaeda.

Dès lors, la Syrie est en passe de devenir le pays par excellence du jihadisme global, c’est-à-dire un terrain où pourraient se cimenter les différents réseaux liés à Al-Qaeda. «Ils sont tous là, souligne Khattar Abou Diab, les talibans pakistanais, mais aussi des sunnites irakiens, des islamistes du Cachemire.» Pas seulement. Car, à l’instar du Hezbollah, des groupes chiites sont venus eux aussi s’impliquer dans la poudrière syrienne, à la fois pour défendre le régime d’Al-Assad et contrer la poussée sunnite. «On compte des jihadistes chiites irakiens, une vingtaine de chiites venus de Bahreïn», ajoute le politologue. Pour rejoindre l’insurrection, les jihadistes sunnites, y compris les plus extrémistes, transitent par la Turquie, avec la complicité d’Ankara. Les jihadistes chiites passent, eux, par le Liban et l’Irak.

De guerre entre un régime et son peuple, le conflit syrien est donc en passe de devenir aussi une guerre sunnites-chiites.

Avec une épuration confessionnelle de plus en plus évidente, notamment dans la région de Homs, où sévit à présent le Hezbollah. Désormais, après avoir repris aux insurgés la ville d’Al-Qoussayr, coupé les lignes d’approvisionnement de la rébellion du centre de la Syrie et séparé les combattants du Nord de leurs frères du Sud, le parti chiite libanais semble suivre son propre agenda : lier les enclaves alaouites et chiites syriennes à la Bekaa libanaise, majoritairement chiite. Mais la guerre passe aussi à l’intérieur des formations islamistes, notamment au sein du Front al-Nusra, entre sa branche jihadiste liée à Al-Qaeda et celle nationaliste. La Syrie traverse donc actuellement une situation dramatique de pourrissement.

Un fait qui ne peut que profiter à Damas, dont les services de sécurité ont une longue expérience de manipulation des groupes islamistes de la région. Ils avaient ainsi permis à des centaines de kamikazes de traverser la frontière syro-irakienne pour se faire exploser en Irak contre les troupes américaines. Au Liban, ce sont encore les services syriens que l’on retrouve derrière le groupe terroriste Fatah al-Islam qui, en 2007, avait tenu pendant des semaines l’armée libanaise en échec dans un camp palestinien près de Tripoli, ville du nord du Liban. Pour le régime, l’irruption de tous ces groupes jihadistes est donc une aubaine. Damas va pouvoir dresser les différentes composantes de l’opposition les unes contre les autres, tout en plaidant sur la scène internationale que son pays est devenu le théâtre d’opérations des groupes terroristes venus du monde entier. Un discours qu’il tenait déjà lorsqu’il n’en était rien. Le régime baasiste a tout fait pour qu’il devienne réalité.

ph

 

Syrie: des jihadistes d'Al-Qaïda chassés

http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2013/07/17/97001-20130717FILWWW00227-syrie-des-jihadistes-d-al-qaida-chasses.php
Par Le Figaro.fr avec AFP
Mis à jour le 17/07/2013 à 11:28 Publié le 17/07/2013 à 10:50

Des combattants kurdes syriens ont chassé les groupes jihadistes affiliés à Al-Qaïda d'une localité frontalière de la Turquie à la suite de violents combats, rapporte aujourd'hui l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Les comités de protection du peuple kurde (YPG) ont expulsé les combattants du Front Al-Nosra et de l'Etat islamique islamique en Irak et au Levant (EIIL), représentant Al-Qaïda en Syrie, ainsi que d'autres groupuscules extrémistes de la localité de Ras al-Ein, par laquelle les jihadistes transitaient entre la Syrie et la Turquie.

"Au moins neuf combattants d'Al-Nosra et de l'EIIL et deux combattants kurdes ont été tués dans les combats en 24 heures dans la ville", a précisé l'OSDH, qui s'appuie sur un vaste réseau de militants et de sources médicales et militaires.

Les affrontements ont commencé lorsque des combattants d'Al-Nosra ont attaqué une patrouille de combattantes kurdes, qui est parvenue à s'enfuir, a expliqué Rami Abdel Rahmane, président de l'OSDH. Selon les militants à Ras el-Aïn, des combattants d'Al-Nosra, partisans d'un islam rigoriste, faisaient pression depuis le début du mois du ramadan sur les habitants pour qu'ils observent le jeûne, et s'en prenaient aux femmes ne portant pas le voile.

Ces accrochages surviennent au moment où les tensions sont fortes entre la rébellion modérée soutenue par des pays arabes et occidentaux et représentée par l'Armée syrienne libre (ASL) et Al-Nosra et l'EIIL, avec une multiplication des attaques des deux bords.

ph

 

Kurdes vs djihadistes, la guerre dans la guerre en Syrie

 

 

 

Pierre Haski | Cofondateur Rue 89

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Combattant kurde syrien portant un T-shirt du leader du PKK de Turquie, Abdullah Öcalan, à Afrin, à la frontière syro-turque (ARIS MESSINIS/AFP)

Il y a la guerre, centrale, entre le régime de Bachar el-Assad et l’« opposition » syrienne ; et il y a les antagonismes entre les différentes forces sur le terrain, débouchant parfois sur des confrontations qui en rajoutent aux souffrances des Syriens et à la complexité de la situation sur le terrain. Depuis plusieurs jours, c’est ce qui se produit dans le nord-est de la Syrie, où s’opposent les combattants kurdes qui ont pris le contrôle de la région il y a un an, profitant du repli des troupes loyales à Assad, et le front Al-Nosra et l’organisation Etat islamique en Irak et en Syrie, des groupes djihadistes affiliés à Al Qaeda.

Les combats entre les deux forces, en principe toutes deux opposées à Bachar el-Assad, ont fait des dizaines de morts. Les djihadistes se sont carrément emparés cette semaine de 200 otages civils raflés dans des villages kurdes de la région d’Alep, comme arme de dissuasion dans leur guerre avec les combattants kurdes qui gardent farouchement leur zone dans le coin nord-est du pays.

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Complexité de la question kurde En clair, les zones de peuplement kurde en Turquie, Iran, Irak et Syrie (CIA/Wikimedia Commons/CC)

On touche là à la complexité de la construction syrienne et au-delà.
Les Kurdes de Syrie sont environ deux millions, et constituent la composante la moins nombreuse d’un ensemble kurde de 30 à 40 millions de personnes dispersées sur quatre pays : Turquie, Iran, Irak et Syrie.
Les Kurdes, un peuple non arabe du Proche-Orient, disposant d’une langue et d’une culture distinctes, ont souvent été comparés aux « Palestiniens » – avec encore moins de chance...

Le traité de Sèvres, en 1920, leur avait prévu un Etat sur les décombres de l’Empire ottoman, mais cette promesse ne fut jamais tenue. A la place, il y a eu partage entre des Etats aux frontières plus ou moins artificielles (les Français ont leur responsabilité dans l’appartenance de la zone kurde à la Syrie actuelle) qui semblaient peu susceptibles de leur accorder un Etat ou même une autonomie.

Des décennies de lutte sanglante, et une déstabilisation régionale d’abord amorcée avec la chute de Saddam Hussein, puis le soulèvement syrien ont changé la donne. Autonomie irakienne En Irak, où vivent 4 à 5 millions de Kurdes, l’un des effets de l’après-Saddam Hussein a été la création d’une région du Kurdistan disposant du plus grand degré d’autonomie d’une zone kurde parmi les quatre pays de leur dispersion. Ce précédent pèse désormais lourd dans l’« équation kurde » dans la région, et il est clair que les Kurdes syriens, qui ont des liens étroits avec leurs cousins irakiens, espèrent avoir au minimum le même statut dans la future Syrie post-Assad.

Dans le même temps, les choses bougent également en Turquie, le pays qui abrite la plus forte population kurde, 15 à 20 millions de personnes selon les sources, et théâtre d’une guerre impitoyable pendant des années. Ces derniers temps, un processus de paix a été engagé alors que Abdullah Öcalan, le leader du PKK, est emprisonné en Turquie, permettant d’entrevoir une issue politique à ce conflit qui semblait insoluble.

Opportunité syrienne

La guerre de Syrie constitue assurément une nouvelle opportunité pour les Kurdes, qui ont conservé leurs relations malgré les frontières des États. Ils ont profité l’an dernier du retrait des troupes syriennes des zones kurdes pour aller attaquer les villes insurgées, et ont fait depuis profil relativement bas tout en renforçant leurs positions avec l’aide ouverte des partis « frères » d’Irak et de Turquie.

aLe drapeau kurde, commun aux quatre composantes de la nation éparpillée (Institut kurde Paris)

Ils ne rêvent pas ouvertement d’un Etat unifié – ce rêve reste sans doute secret –, mais se contenteraient à ce stade de régions disposant d’un fort degré d’autonomie, permettant de créer ce Kurdistan virtuel avec sa langue, sa culture et son drapeau, sans le carcan d’Etats centralisés et sans la crainte permanente de la répression ou de l’instrumentalisation (le PKK était ainsi entraîné par le Hezbollah, allié d’Assad, pour mieux embêter Ankara...).

Cette discrète consolidation kurde, au milieu du chaos de la guerre, n’est pas du goût des djihadistes arabes sunnites, qui ont commencé à s’en prendre aux groupes armés kurdes, assassinat de plusieurs de leurs cadres, dont Isa Hesso, un dirigeant politique kurde du parti PYD, victime d’un attentat à la voiture piégée. Les affrontements ont éclaté à Ras al-Ain, une zone mixte où vivent Arabes et Kurdes où, selon le New York Times, les djihadistes se sont attiré l’hostilité de la population, y compris arabe, par leur rigorisme religieux.

Les Kurdes l’ont emporté et ont placé le secteur sous leur contrôle. Quelle que soit l’issue de la guerre civile syrienne, les Kurdes n’entendent pas lâcher leurs gains de l’année écoulée. « L’horloge ne reviendra pas en arrière », déclare un combattant kurde au New York Times.

ph

 

http://www.slate.fr/tribune/76200/revolution-syrie-guerre

La révolution syrienne est terminée, la guerre pour la Syrie a commencé

 

 

 

La révolution syrienne s'est terminée en juillet 2013, sous nos yeux. Certains persisteront à faire vivre cet idéal, saluons-les. Mais une grande partie de cet idéal est parti avec la fumée des bombes loyalistes déversées chaque jour et dans les noirs desseins d'hommes sortis de l'ombre et qui ne songent qu'à amener cette ombre avec eux...
Le reste ne tient plus qu'à un fil. Désormais, l'avenir appartient non aux Syriens révoltés, ni même aux neutres et aux pro-Assad –déjà qu'il leur a très peu appartenu– mais à d'autres: à des politiciens d'opposition ambitieux, à un clan Assad coupé des réalités d'un pays divisé en de multiples morceaux, à des puissances étrangères qui veulent se partager ce gâteau, à des groupes venus de pays voisins décidés à s'imposer dans le sang et la terreur, profitant d'une situation qui tombe de Charybde en Scylla, au figuré comme dans les faits...

Par Cédric Labrousse qui tient la Chronique du Printemps arabe sur Facebook depuis 2011.
Le 4 août, il a publié un édito sur la situation en Syrie. Nous le reproduisons ici, complété par ses soins, avec son accord.

La Révolution syrienne telle que nommée ainsi ne se terminera pas à la fin de cette guerre.
Elle a pris fin ces dernières semaines, sous nos yeux.
Cet avis est très arbitraire, surtout de la part d'un étranger, mais il est de plus en plus partagé par des contacts locaux. 

Oh, cela ne veut pas dire que le clan Assad a gagné, loin de là d'ailleurs, car alors qu'il reprend un quartier en ruines à Homs, il a perdu, dans un certain silence médiatique, de nouvelles villes comme Inkhil, Nawa, ou encore Mansourah (une banlieue d'Alep). Ce jugement est lié à des faits qui font que, tout simplement, il n'y a presque plus rien dans les événements actuels qui symbolise les demandes originelles et les premiers combats.

Ce 4 août, au moment où j'avais déjà débuté cet édito, j'ai appris que des contacts combattants au sein d'une petite katiba familiale avaient déposé les armes et ne participeraient pas aux batailles à venir dans la région de Jisr al-Choghour. Enième nouvelle de ce type. La raison? Désormais toujours la même:
«Nous ne combattons pas Assad pour ce qui arrive derrière...»

Quand on a travaillé pendant plus de deux ans sur ce moment formidable de l'histoire du monde arabo-islamique, qu’on l’a suivi, il y a forcément un profond sentiment de respect envers ces Syriens et Syriennes qui se sont levés, se lèvent et pour beaucoup tenteront encore de se lever.
Je parlais clairement de révolte syrienne et de révolution syrienne. Car le plus solide régime de ce monde arabo-islamique, celui du clan Assad en Syrie (avec celui des généraux égyptiens et celui des généraux algériens), était contesté, malgré la peur.
Je ne suis pas un de ces bobos français qui s'émerveillent de voir la laïcité un jour dans le monde arabe. Je m'en moque comme de ma première chemise, ce n'était et ce n'est pas là mon but d'étude et de suivi. Aux peuples de choisir leurs voies quand ils en ont la possibilité. Politiciens laïcs ou partisans de l'islam politique, un politicien restera toujours un politicien à mes yeux ! Je n'ai donc jamais voulu prendre parti d'un débat qui ne me concerne pas!

Mais il y avait dans cette révolte des choses plus fortes, qui forçaient le respect: le droit à l'expression la plus claire, l'organisation de comités locaux, des journaux qui se passaient sous le manteau, des banderoles qui défiaient les balles en disant simplement «nous ne reculerons plus», l'idée d'une égalité certaine, et surtout, une volonté de gueuler contre ce monde où les grandes puissances n'avaient que très peu de différences entre elles lorsqu'il s'agissait de tels évènements...

Désormais, les militants révolutionnaires se font arrêter et emprisonner par centaines. Un jeune garçon qui dit un mot mal interprété, exécuté. Les journaux révolutionnaires, interdits de presse et de distribution. Les points de passage entre des quartiers loyalistes et révolutionnaires d'Alep ne sont même plus gérés par des Syriens pour certains, avec des restrictions toujours plus grandes.
Tout cela n'a pas lieu dans les zones loyalistes, non! Mais dans les zones normalement rebelles! Il y a bien des comités civils qui tentent de tenir l'originelle révolution avec ses slogans. Ils manifestent comme si tout ne faisait que commencer à nouveau, dans leurs villages, dans leurs quartiers, dans leurs rues. Comme si la révolte reprenait vie à chaque Vendredi de Colère.

A Alep, certains croient encore en un espoir devenu mirage. Mais tout a bien changé.

Des hommes venus des quatre coins du monde, en aucun cas pour répondre aux demandes de Syriens révoltés, imposent une terreur que même Celui dont il se revendique n'aurait jamais osé tolérer sur sa propre Oumma... Oh, ils sont malins! Distribution de bouteilles de gaz à Tall Abyad, de pain à Jarablous, de vivres en tout genre à Raqqa, organisations de festivités pour enfants à Alep.
Une toile qui recouvre les exactions démultipliées qui en sont malheureusement venues à être plus médiatisées que les centaines de morts syriens, chaque mois, de la responsabilité des loyalistes et de leurs supplétifs étrangers. Alors qu'ils mettent en place un concours de mangeurs de glace pour enfants à Alep, deux autres membres de l'Etat islamique d'Irak et du Sham se font sauter sur un marché à majorité chiite à Bagdad, tuant autant d'enfants qu'il n'y en avait dans l'assistance à Alep devant leur jeu...

Certains combattent encore clairement pour la rébellion, et j'en connais, mais ces étrangers qui décidaient de mourir non pour leurs idées à eux, mais pour les Syriens et les idées des Syriens sont devenus une minorité...
Dans le même temps, la rébellion, qui devait progresser vers l'unité, a glissé vers les querelles puériles de personnes, de groupes politiques et de forces aux desseins non assumés. Au lieu de mettre de côté temporairement leurs divergences politiques, chacun a décidé de tenir ses positions. Rappelons-nous de ce moment pitoyable au Caire, en 2012, quand des Frères musulmans et des autonomistes kurdes en étaient venus aux mains alors qu'ils affrontent un même ennemi.
De grands chefs rebelles ont été tués et d'autres écartés... Abu Furat, Riad al-Asaad, Abdul Razzaq Tlass, Qassim Saaedine, Hussein Harmoush... et la liste est longue.
Tous des déserteurs, tous des hommes de convictions, avec leurs défauts et mauvais actes pour certains, mais tous engagés avec une certaine idée de la révolte. Tous désormais réduits au silence ou à de simples interventions qui n'ont plus de poids... quand ils ne sont pas tout simplement morts, et souvent dans des conditions obscures.

Les ingérences internationales n'ont favorisé que ces actes de sabotage,

Divisant une rébellion déjà explosée. Je n'ai pas assez de doigts pour compter les forces en présence: l'Armée syrienne libre, le Front islamique syrien, le Front de libération de la Syrie islamique, le Front de l'authenticité et du développement, le Jabhat al Nusra, Ansar al-Khilafa, Ansar al-Sharia pour la Syrie, les forces kurdes diverses et variées, etc. Chacune avec ses soutiens respectifs.
Pendant ce temps, ceux-là même qui, dans les grandes capitales de ce monde, se plaignent que le clan Assad tienne bon, ont laissé passer des milliers de combattants radicaux confessionnels chiites alors qu'ils auraient pu faire pression sur plusieurs pays comme l'Irak ou le Liban.
D'ailleurs, tous sont touchés en Syrie, même le camp d'en face. Là où même celui des pro-Assad était «sérieux» dans le sens qu'il était attaché à son chef avec une certaine rhétorique biaisée sur les minorités avec l'argument grotesque que le régime était laïc, ceux-là même se sont noyés dans le confessionnalisme par un lien de plus en plus clair entre chiisme et alaouites.
Les milices irakiennes chiites se sont ainsi récemment retrouvées attaquées à Damas par des citoyens alaouites pro-régime exaspérés par les actes de ces hommes.

La révolution syrienne est terminée. La Chronique [du Printemps arabe, NDLE] continuera de suivre ce qu'elle appelle à présent la «Guerre pour la Syrie» où désormais des forces s'affrontent pour une ville, un gouvernorat, ce pays, et, à plus grande échelle, un morceau du monde.

Triste fin pour un moment si incroyable de notre Histoire. Et comment finir sur cette symbolique? Essayez de trouver de manière régulière le mot «Révolution» dans les déclarations de plus en plus de groupes radicaux (dont l'Etat Islamique d'Irak et du Sham) qui s'incrustent dans la révolte. Vous pouvez éplucher des milliers de documents, il ne reviendra que rarement et jamais pour s'y rattacher à leurs actes...

La révolution syrienne s'est terminée en juillet 2013, sous nos yeux. Certains persisteront à faire vivre cet idéal, saluons-les. Mais une grande partie de cet idéal est parti avec la fumée des bombes loyalistes déversées chaque jour et dans les noirs desseins d'hommes sortis de l'ombre et qui ne songent qu'à amener cette ombre avec eux...
Le reste ne tient plus qu'à un fil. Désormais, l'avenir appartient non aux Syriens révoltés, ni même aux neutres et aux pro-Assad –déjà qu'il leur a très peu appartenu– mais à d'autres: à des politiciens d'opposition ambitieux, à un clan Assad coupé des réalités d'un pays divisé en de multiples morceaux, à des puissances étrangères qui veulent se partager ce gâteau, à des groupes venus de pays voisins décidés à s'imposer dans le sang et la terreur, profitant d'une situation qui tombe de Charybde en Scylla, au figuré comme dans les faits...
Cédric Labrousse

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