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Le sens du travail dans la tradition juive


mardi, 11-Mar-2014
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Dans le cadre d'une réunion intereligieuse, j'ai été amené à chercher le sens du travail dans le judaïsme. C'est dans la Genèse que se trouve la solution, quelle est la relation entre le service et le travail ? le travail est-il une punition pour la faute d'Adam ? Comment l'homme continue-t-il la création ? voici quelques unes des questions auxquelles la tradition juive tente de répondre.

 

Le travail apparaît très tôt dans la bible, dès la création, tout le monde travaille, D ieu lui même ! Dès le début, Il crée "בְּרֵאשִׁית, בָּרָא אֱלֹהִים, אֵת הַשָּׁמַיִם וְאֵת הָאָרֶץ Beréchit Bara Hélo him... , le verbe Bara est unique dans la Thora, c'est la création ex Nihilo... on retrouve ce verbe dans l'expression "Abra Ka Dabra" Qu'il se crée comme je dis en araméen.

L'oeuvre de D ieu

L'action de Dieu est la Parole, וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, יְהִי אוֹר Vayomère Yehi Or... il dit qu'il y ait la lumière... la parole est créatrice, Vayomer . Après on trouve וַיַּעַשׂ אֱלֹהִים, אֶת-הָרָקִיעַ Vayaas Elohim arakia et D ieu fit l'espace... c'est le verbe faire Assa puis le créateur donne des ordres aux plantes de fructifier, aux poissons et oiseaux de se multiplier etc... et on retrouve le verbe faire "Assa" lorsqu'il suscite les animaux, mais pour l'homme c'est la totale ! dire et faire : וַיֹּאמֶר אֱלֹהִים, נַעֲשֶׂה אָדָם  Et Dieu dit Faisons l'homme, et l'on rajoute :וַיִּבְרָא אֱלֹהִים אֶת-הָאָדָם בְּצַלְמוֹ Dieu Créa l'homme à son image, les trois verbes sont réunis pour définir le travail divin.

Deux autres verbes sont utilisés pour définir l'oeuvre divine :

  • façonner => יִצֵּר Yitsar
  • faire grandir, pousser, accroitre צָמַח  Tsémah

Le travail apparaît au septième jour, ou Dieu a cesser de faire.

 מְלַאכְתּוֹ אֲשֶׁר עָשָׂה Melakha le travail . Et la phrase continue ainsi

 כִּי בוֹ שָׁבַת מִכָּל מְלַאכְתּוֹ, אֲשֶׁר בָּרָא אֱלֹהִים לַעֲשׂוֹת

Car il a cessé tout son travail qu'il avait crée pour agir. On a donc déjà une première explication de la création, elle a été faite pour agir => la terre n'est pas finie lors de la création, D ieu s'est retiré pour nous laisser compèter Son travail. L'homme est le collaborateur de D ieu.

Ce que D ieu a fait est son travail : Melakhto et ce mot est le seul point commun entre l'homme et D ieu. On peut probablement traduire ce mot par fabriquer, transformer, usiner.

Le service de l'homme

L'oeuvre humaine est un complément indispensable à la création divine, la thora dit avant la description de la création de l'homme à partir de la poussière de la terre, que cette dernière était stérile, car il n'avait pas plu, et l'homme n'était pas là pour la servir. Ensuite seulement, on voit D ieu créer l'homme.

Hervé Bokobza nous raconte un Midrash : Un Païen, du nom de Turnus Rufus, demanda a Rabbi Akiba lesquelles d'entre les œuvres de Dieu et celles des hommes étaient les plus belles?
- Ce sont celles des hommes qui sont les plus belles, lui répondit R. Akiba.
- Pourtant, répliqua Turnus Rufiis, le ciel et la terre, l'homme a-t-il les moyens d'en créer de semblables ?
- Ne me parle pas de choses qui se situent au-dela des créatures, et qui ne peuvent être rnaîtrisées par l'homme, parle-moi plutôt de ce qui lui est accessible. [. . .]
Puis R. Akiba lui apporta des épis de blés accompagnés de petits pains. Et lui dit:
- Voici d'un côté l'oeuvre de Dieu et de l'autre celle cles hommes; tu ne trouves pas ceux-ci (les petits pains) plus beaux que ceux-là (les épis de blés)? (TanhoumaTazria 5)

L'homme a donc pour mission de réaliser le monde créé par Dieu en y introduisant la dimension d'action qui le fait vivre.
« Tout ce qui fut crée lors des six iours du commencement nécessite une action [complémentaire] ll faut par exemple adoucir la moutarde ainsi que le lupin, le blé doit etre moulu. et l'homme lui mème doit se parfaire. ›› (Genèse Rahba 11,6)

La mission de l'homme est définie prioritairement par un verbe :
 וְאָדָם אַיִן,לַעֲבֹדאֶת-הָאֲדָמָה Laavod => Servir ,לַעֲבֹד

Plus tard, l'homme a été mis dans le jardin d'Eden pour qu'il le garde et le serve.
 לְעָבְדָהּ וּלְשָׁמְרָהּ
L'homme sert et garde la nature, c'est une mission "écologique", la terre appartient à D ieu, et nous la gardons, c'est notre mission, nous devons la servir, et la transmettre en bon état à nos enfants

En hébreu moderne, Avoda, veut dire travail, c'est aussi le nom du parti travailliste, pourtant, on traduit esclave par Oved, de la même racine.

Sabine Lefevre professeur d'archéologie à l'Université de Bourgogne nous a expliqué qu'il n'y avait pas d'esclaves en Egypte ancienne. On peut en déduire, qu'il y avait seulement des gens attachés à la glèbe, taillables et corvéables à merci, n'ayant aucune liberté ! !
Alors où est la différence entre le servage et l'esclavage ? ? les uns étaient des biens immobiliers attachés au sol, les autres des biens meubles appartenant à leur maître, mais les malheureux vivaient la même vie de détresse et de misère.
La racine "OVED" signifie bien servage, pas nécessairement esclavage, il n'y avait pas de commerce. Ainsi les hébreux en Égypte étaient les serfs du Pharaon, logique, nous savons depuis Joseph, que Pharaon avait acheté toute la terre d'Egypte. Les hébreux, étaient serviteurs du Pharaon, et ce n'était pas un avantage particulier.

Depuis leur libération, certains se sont fait appeler Ovadia en hébreu, ou Abdallah en arabe, les serviteurs de D ieu, ce qui est somme toute plus confortable.

Cultiver la terre

En Français, le mot travail vient du latin, tripalíum, instrument de torture forme
de trois pieds qui servait sans doute a écarteler. Dans notre tradition, il n'y a aucune malédiction à servir, cette mission existait bien avant la désobéissance d'Adam et Eve.

Servir la terre, veut dire la cultiver, le premier homme culive la terre, אֲדָמָה, Adama le lecteur aura reconnu le mot Adam qui lui même est tiré de la terre.
La mission de l'homme est bien de se cultiver.
Le talmud pour parler d'un ignorant, le qualifie de "Bour" בּוּר qui signifie précisément le champ en friches

ll est intéressant et important de noter que la première des six parties du Talmud se nomme Zéraïm זרעים, c'est-à-dire « les semences » et est consacrée à un ensemble de lois qui concernent la culture des champs. Lois de la terre qui sont précédées par un traité, Berakhot, consacré a la prière et aux bénédictions, et plus particulièrement a la prière du Shema Yísrael, ou il est question d'enseignement, d'étude, de lecture et de rites mémoriels; mais aussi, et peut être l'oublie t-on trop souvent, de pluie et de récolte...

« Semer c'est témoigner de sa foi en la vie éternelle. ›› (Midrash des Psaumes 19). Cest donc par le fait d'agir pour la survie de la nature et de la continuité de la vie sur terre qu'on participe à l'oeuvre divine.
« Ainsi a dit Rabi . Yohanan:
“Jacob notre père n'est pas mort”. Pourtant - se demande le Talmud - ce n'était pas pour rien que l'on a mené son deuil, qu'on l`a embaumé et enterré ! C'est à partir d'un verset que je le déduis: “Et toi mon serviteur Jacob, ne crains pas, dit l'Éternel. Ne t'effraie pas, Israël ! Car, je te délivrerai de la terre lointaine, je délivrerai ta postérité du pays ou elle est captive” (Jérémíe 50:10 et 46:27).
Jacob est identifié à sa postérité: puisque sa postérité est vivante, il (Jacob) est lui aussi en vie ›› (Taanit 5,b).

Marc Alain Ouaknine, s'inspire de la pensée d'Hannah Arendt , dans La crise de la culture conclut :« En reprenant a traduction de "Avoda" comme « attention à » , « soin donné», « soin accordé» à la terre, aux dieux, à Dieu, aux hommes ou à toute réalité, donne au « travail » une autre tonalité. Ce n'est pas la souffrance et la pénibilité mais une forme de « tendre souci» qui permet à soi-même et à l'autre, aux relations entre les choses et les hommes, et les dieux, de trouver le chemin de leur croissance et de leur élévation. »

Le travail et la malediction


אֲרוּרָה הָאֲדָמָה, בַּעֲבוּרֶךָ, בְּעִצָּבוֹן תֹּאכְלֶנָּה, כֹּל יְמֵי חַיֶּיךָ.
Et à l'homme il dit : " Parce que tu as cédé à la voix de ton épouse, et que tu as mangé de l'arbre dont je t'avais enjoint de ne pas manger, maudite est la terre à cause de toi : c'est avec peine que tu tireras ta nourriture tant que tu vivras. Elle produira des ronces et des épines, et tu mangeras l'herbe des champs. C'est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, - jusqu'à ce que tu retournes à la terre d'où tu as été tiré : car poussière tu as été, et à la poussière tu retourneras !»

Le judaïsme a refusé de considérer ces propos comme une malédiction, en quittant l'Eden, Adam n'est point maudit, (le verbe n'est utilisé que pour la terre et le serpent), il n'a rien perdu de son image divine comme le rappellera l'Éternel quelques générations plus tard à Noé, ses potentialités spirituelles sont restées intactes ; la transgression l'a seulement placé dans un nouveau rapport au monde, non plus fondé sur la gratuité et l'innocence, mais sur la connaissance et l'effort de production.

"Quand Adam entendit qu'il ne se nourrirait que de l'herbe des champs" (Gn III,18), il s'écria :
" Point de différence entre mon âne et moi, nous mangerons tous les deux à la même auge ?» Et Dieu de répondre : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front»"
Par la transformation de la nature, l'homo faber se distingue radicalement de l'animal. Le travail n'est plus malédiction mais responsabilisation et élévation

Le Rabbin Philippe Haddad fait remarquer que c'est en ce sens que l'homme et la femme furent mis en travail, les filles d'Eve portant la vie, les fils d'Adam faisant pousser le blé. Le bébé et le pain seront alors l'expression d'une bénédiction divine humanisée, l'oeuvre de trois associés : Dieu, le père et la mère.

Dans une société où le travail/production n'est plus le lot de tout un chacun, mais où le pain se quémande dans un wagon ou au coin d'une rue, l'on comprend à quel point l'activité économique porte l'honneur de l'homme. Le travail prière loin de nous éloigner du monde devrait être alors source d'engagement. Comme disait mon maître : « Mon problème spirituel est le problème matériel de mon prochain».

Le travail est un ordre divin,

שֵׁשֶׁת יָמִים תַּעֲבֹד, וְעָשִׂיתָ כָּל-מְלַאכְתֶּךָ. וְיוֹם, הַשְּׁבִיעִי—שַׁבָּת, לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ Six jours, tu feras (Assa) tout ton travail (Melakha) et le septième jour, il y aura un repos consacré au Seigneur.

Ce texte est extrait de l'exode, qui est chanté tous les samedi matin lors qu'on inaugure le repas du shabbat devant le verre de vin traditionnel pour sanctifier ce jour (on peut traduire sanctifier par rendre à part du commun) , on remarque qu'il n'est pas interdit de servir, il n'est pas dit, tu ne feras pas ton «Avoda»

Certains ont vu une rivalité entre Avoda (service) et Melakha (fabrication) . Seul la Avoda, le service nous rapprocherait de D ieu, Melakha serait éventuellement nécessaire pour des raisons économiques. Ainsi des communautés entières de juifs vivent comme des moines mariés, passant leur vie à étudier et à prier, en laissant à leur femmes ou à des institutions philantropiques le soin de subvenir chichement à leurs besoins. Ils forment la population la plus pauvre d'Israël. Ils cultivent le Service du coeur "Avoda Shebalev " c'est à dire la prière, et l'étude.

D'ailleurs la Thora elle même avait prévu que les Lévite, qui servaient au temple, ne posséderaient pas de terre, et vivraient grâce à l'activité de leurs concitoyens. Et Maïmonide a complèté ce point de vue en affirmant :
« Ce n’est pas un privilège exclusif de la tribu de Lévi, mais chaque Juif qui est volontaire pour se tenir devant D ieu pour Le servir, Le connaitre, se comporter avec droiture comme D.ieu l’a fait, se désintéresse de la poursuite des futilités qui occupent les hommes — il est saint parmi les saints, Hachem sera son héritage à tout jamais et il verra ses besoins satisfaits comme c’était le cas des Cohanim et Léviim ».

Pourtant, ce point de vue ne fait pas l'unanimité Yéhouda Hanassi, un docteur de la Michna, rappel que l'exode nous ordonne de travailler six jour, c'est donc aussi obligatoire que le shabbat. Tout homme est tenu d'enseigner à son fils un métier, celui qui ne le fait pas lui enseigne le métier de voleur. (Talmud, traité Kidouchine)
Le travail n'est pas qu'une nécessité, c'est une valeur morale.

Toute Torah – étude – qui n’est pas associée au travail – Méla’ha – est vaine et conduira au péché. (Chapitre 2 – 2)

Rabbi Lévi-Yits’hak de Berditchev rapporta une interprétation originale du Baal Chem Tov qui entendait par l’expression « Méla’ha – travail », la Ahavath Yisraël – l’amour du prochain. Si un homme veut que son étude de la Torah perdure, il faut qu’il l’associe à l'amour d' Israël ( Ahavath Yisraël) .

Rabbi Lévi-Yits’hak affirma que cet enseignement avait changé toute son existence et c’est ce qui le motiva à consacrer sa vie au bonheur du peuple Juif.

Et on trouve cette idée dans le Pirké Avot (Traité des pères) (Chapitre 2-2) qui a été écrit à l'époque romaine.
2. Rabban Gamliel, fils de Rabbi Yehouda ha Nassi, disait : « Il est beau d’allier étude de la Thora et œuvre de civisme, car le labeur des deux révoque la perversion. Toute consécration à l’étude religieuse qui n’est pas accompagnée d’un travail est stérile et conduit au péché.
Ceux qui œuvrent en faveur de la collectivité et travaillent avec ses responsables pour la gloire du Nom céleste (divin, et non pour des considérations bassement intéressées) seront soutenus dans leur tâche par le mérite de leurs ancêtres, et le souvenir de leur équité perdurera à jamais.
Quant à vous, grande serait votre récompense comme si vous aviez vous-mêmes agi. » 

La Michna parle de Ahavath Yisraël dans un terme de Méla’ha – travail, car elle veut ainsi souligner que nous devons nous efforcer à avoir des sentiments d’amour même envers ceux pour lesquels nous n’y sommes pas enclins naturellement. Nous devons par tous les moyens tendre la main aux autres.

La racine Oved, עבד servir a donné quatre fils :

  • Le service sacré, la prière (Avoda Shebalev )
  • Le travail (Avoda)
  • Le servage, l'esclavage (Oved)
  • L'idolatrie (Avoda Zara)

Ces proximités sont aussi des mises en garde, on peut facilement passer du travail à la servitude, voir à l'idolatrie, et je pense à ceux qui s'adonnent trop fort à leur travail, au point d'en oublier leur vie intérieure, familiale, et leur santé.

L'enjeu moral se trouve dans le lévitique au chapitre 25 verset 43 : "Tu ne dominera point sur lui avec dureté et tu craindras ton D ieu" .."N'oublie pas que tu as été esclave en égypte"

le shabbat

Dans cette logique, on voit bien que le Shabbat, on ne fera aucune transformation, le verbe utilisé est Melakha, ni toi, ni tes proches, ni tes serviteurs ou servantes, ni même l'étranger qui est dans ta maison.
C'est confirmé par l'ensemble extrêmement précises et détaillées des interdictions talmudiques relatives au travail. L ’interdiction sabbatique concerne le travail créatif, intentionnel, réfléchi, et réalisé selon la technique habituelle.
Ainsi « le Shabbat est le temps où l ’homme renonce à son pouvoir de transformation du monde. Par la mise en oeuvre de sa pensée, l’homme sait créer, fabriquer, transformer, et cette activité est un élément de sa vocation, presque une obligation.
La Thora fixe à l’homme une limite à sa puissance. Le Shabbat se définit comme le moment où il est prescrit de renoncer à un pouvoir. Il est d’abord une ascèse : "Tu n’y feras aucun travail."
L’homme modifie le monde d’en bas à sa guise et le soumet à sa domination.
La Thora assigne une limite temporelle à cette souveraineté. (D'après Gorges Hansel)

יג וְיוֹם, הַשְּׁבִיעִי--שַׁבָּת, לַיהוָה אֱלֹהֶיךָ: לֹא תַעֲשֶׂה כָל-מְלָאכָה אַתָּה וּבִנְךָ-וּבִתֶּךָ וְעַבְדְּךָ-וַאֲמָתֶךָ וְשׁוֹרְךָ וַחֲמֹרְךָ וְכָל-בְּהֶמְתֶּךָ, וְגֵרְךָ אֲשֶׁר בִּשְׁעָרֶיךָ--לְמַעַן יָנוּחַ עַבְדְּךָ וַאֲמָתְךָ, כָּמוֹךָ.

... mais le septième jour est la trêve de l'Éternel, ton Dieu: tu n'y feras aucun travail, toi, ton fils ni ta fille, ton esclave mâle ou femelle, ton bœuf, ton âne, ni tes autres bêtes, non plus que l'étranger qui est dans tes murs; car ton serviteur et ta servante doivent se reposer comme toi. 14 Et tu te souviendras que tu fus esclave au pays d'Egypte, et que l'Éternel, ton Dieu, t'en a fait sortir d'une main puissante et d'un bras étendu; c'est pourquoi l'Éternel, ton Dieu, t'a prescrit d'observer le jour du Sabbat. 

Ce passage extrait des 10 paroles, tend à réduire les distances sociales.

C'est un rappel de la situation d'esclavage, la pire, et c'était la notre, et sous entendu, cela pourrait revenir. Donc, oublions notre confort, mettons nous à la place de ceux qui n'ont pas le privilège d'être à notre place.
Notre statut d'homme libre disposant de serviteur est une grâce, on peut la perdre.
Mon serviteur doit être respecté, car il a les mêmes besoin que moi, et j'aurais pu être à sa place.

Par contre le service, Avoda, n'est apas interdit le shabbat. C'est même le jour où nous avons quasiment l'ordre de nous cultiver. Le shabbat n'est pas le jour de la paresse, c'est le jour ou l'on cesse de modifier la nature, on ne transforme pas les choses, on prend le temps, on s'y adapte, et on cherche à les comprendre.

« Maïmonide et Nahmanide montrent que le contenu essentiel de ce commandement positif est la constitution du Shabbat en jour de menouha, מְנוּחָה "repos" s’avérant une traduction impropre, plutôt "calme", "stabilité" ou "tranquillité".
"Six jours tu travailleras, et le septième tu cesseras" implique non pas une idée de repos après le travail, de récupération des fatigues de la semaine, mais un retour ou un accès au calme après l’activité ou éventuellement l’agitation qui a pu régner pendant six jours.

Il y a là une expérience hebdomadaire de liberté plénière. Un jour effectivement vécu, chaque semaine, ici et maintenant, et non pas dans l’espoir d’un monde à venir... ou plutôt comme un avant-goût de celui-ci...
Comme le dit Abraham Heschel,
(4) « le travail est un métier, mais le parfait non-agir est un art. (...) Pour y exceller, il faut en accepter la discipline. Le septième jour est un palais dans le temps que nous-mêmes bâtissons. (...) L’esprit du Shabbat doit toujours se traduire dans des faits réels, dans des actes bien définis, à accomplir ou à éviter. »

Ni le travail ni le loisir ne sont dus, ce sont les moyens d'amener l'homme vers le sens. (Yeshaya Dalsace)

Georges Friedmann, qui a consacré la majeure partie de son oeuvre aux problèmes du travail, a pu voir « une sorte de génie prophétique dans l’institution du Shabbat » qu’il jugeait indispensable pour lutter contre la déshumanisation de la civilisation technicienne d'aujourd'hui.

En guise de conclusion

La thora présente d'autres mesures sociales, importantes, par exemple l'obligation de payer le jour même le salarié, la remise en liberté des esclaves les années jubilaires etc.. nous savons qu'il est probable que les réalités humaines antiques divergeaient des normes égalitaristes de la bible. On nous a appris à la faculté de Sciences Economiques à ne jamais confondre le normatif du descriptif. Ce n'est pas par ce qu'on dit que le monde doit être ainsi qu'il l'est réellement, et ce n'est pas par ce qu'il comme ça que c'est acceptable.

Le judaïsme a fixé comme norme du travail le repos hebdomadaire le Shabbat, les chrétiens l'ont repoussé au dimanche, mais l'idée était restée. Aujourd'hui dans notre France Laïque, certains veulent banaliser le temps, casser les rythmes ancestraux de la vie, au risque de perdre tout repère et de briser les liens sociaux.
Comme vous pouviez le supposer, le judaïsme souhaite que la France conserve son dimanche pour que l'homme puisse se reconstruire en famille.

Pour les documents m'ayant permis d'écrire ce texte, cliquez ici