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Israël a voté


Mardi, 31-Mar-2015
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On annonçait un temblement de terre, et les élections israéliennes ont montré un électorat d'une très grande stabilité, une majorité nationaliste très claire, un recul des partis religieux, mais une diffusion des religieux au sein des autres partis, et une stabilité de la gauche.
Le nouveau gouvernement sera opportuniste.
    

Nethanyahu est très contesté sur la scène internationale, et sa chute était largement espérée par Barak Obama, et par les dirigeants européens qui n'apprécient pas sa politique d'implantation ni sa très grande méfiance vis à vis de l'autorité palestinienne.

Les dirigeants palestiniens sont divisés, certains préféraient la politique du pire et souhaitaient sa victoire afin qu'Israël soit vraiment affaibli sur la scène internationale, aussi ont-ils manifesté leur fatalisme disant que ces élections ne changeraient rien.
En conséquence, voter à gauche n'apportait aucun espoir ou crainte d'accord et la campagne s'est fixée sur les questions sociales, en particulier sur les inégalités et le prix du logement.

Le grand vainqueur a été Benjamin Netanyahu, qui est sorti premier, non pas en mordant sur ses adversaires politiques, mais en deshabillant ses éventuels partenaires et concurrents, il a profité du desamour dont a souffert Avigdor Liberman (nationaliste laïque) coincé dans des scandales financiers, et Naftali Bennett (Nationaliste religieux)  qui a été bloqué dans ses ambitions par les propres membres de son parti qui l'ont empêché de s'ouvrir vers un public moins religieux. L'extrême droite raciste tolérée de justesse par la justice, n'a pas réussi à passer la barre d'éligibilité et n'a aucun élu.

Le centre droit reste stable, l'échec cuisant de Yaïr Lapid s'explique facilement, ancien ministre de Netanyahu, chargé des finances, il a porté le chapeau d'une politique libérale d'austérité qui s'est traduite par une baisse drastique des prestations familiales. Par contre, Moché Khalon, un autre ex ministre de Nethayahu a repris le flambeau avec un beau succès, toute sa campagne était axée sur la baisse des inégalités, la lutte contre les monopoles, et une plus grande solidarité.

La gauche a souffert du manque de charisme de son leader, une espèce de François Hollande peu séduisant, et aussi de l'absence de perspectives de paix. En effet, aucun echo positif n'est venu soutenir la main tendue pour une reprise rapide des négociations. Comment croire en la paix quand on est seul à la souhaiter ?  Paradoxalemenet, ce sont les bourgeois de Tel Aviv qui ont voté à gauche.

Les grands perdants des élections sont les hommes en noir, les 'harédim religieux très stricts, si les ultra conservateurs de Jérusalem ont maintenu leur positions en ne perdant qu'un député, les ultra orientaux emmêlés dans des querelles de personnes interminables, et des scandales financiers de même longueur se sont effondré et ont perdu quatre sièges. Si les partis religieux 'haredim ou Nationaliste religieux sont en déconfiture, les rabbins députés sont de plus en plus nombreux et essaiment dans tous les autres partis.

Les dirigeants du pays ont du mal avec des députés arabes qui ne s'opposent pas à la politique menée mais à la nature même de la nation, aussi ont-ils élevé le seuil d'éligibilité afin de les écarter. Mais les dirigeants arabes ont préféré s'unir et présenter une liste unifiée qui a fait un malheur, 95 % de voix  pour eux dans les principales agglomérations arabes du pays. Désormais, troisième force politique de la Knesset, la nouvelle majorité devra tenir compte d'un bloc arabe qui pèsera sur les décisions.

Logiquement, Israël aura un gouvernement nationaliste dirigé par Nathanyahu, qui pourrait gouverner sans problème avec le Centre droit, et même ajouter les orthodoxes, s'il souhaitait élargir sa majorité.

Les difficultés viendront ensuite des ego personnels, et de la concurrence sauvage des politiciens pour s'attribuer les meilleurs postes ministériels. Le gouvernement n'est pas encore formé à ce jour, il n'est pas possible de satisfaire tous les appétits à la fois  !

Dès son élection Nethanyahu a remis les pendules à l 'heure, son refus de l'État palestinien, ce n'était qu'une ruse pour prendre des voix à sa droite, son accord pour des milliers de logements dans les territoires, c'était une plaisanterie, d'ailleurs il va en construire beaucoup pour les arabes de Jérusalem... L'équilibriste continue son numéro, le but de jeu aujourd'hui n'étant plus de s'assurer une majorité, mais de recoudre les morceaux avec les alliés occidentaux.


 

I) Quelques éléments pour comprendre le patchwork israélien

La séparation la plus nette est entre les juifs et les arabes, lors de la création de l'État, la nouvelle république a donné l'égalité des droits à tous ses citoyens, mais a bien été obligé de tenir compte des différences énormes de culture et de religion.

Peut-on considérer les arabes comme de vrais israéliens ?

Les dirigeants israéliens de 1948, n'ont pas souhaité forcer l'assimilation de la minorité arabe à la majorité juive. Pour cela, ils ont respecté la langue et les coutumes des populations arabes. Ils ont maintenu un statut personnel pour chaque citoyen. Par exemple, l'état civil a été confié aux religieux.
Un chrétien ne sera marié que par un prêtre, un musulman par un imam, et un juif par un rabbin. Le code de la famille est différent selon les communautés, même si des lois d'état s'imposent à tous, par exemple  la polygamie n'est pas autorisée, on trouve de nombreuses exceptions.
L'arabe est langue d'enseignement dans le secteur arabe, et l'hébreu est appris comme langue étrangère. En conséquence les jeunes arabes ne fréquentent pas les mêmes écoles que les enfants juifs.
Les arabes qui représentent 20 % de la population, ne sont astreint ni au service militaire, ni au service civil, ce qui réduit les liens avec leurs concitoyens juifs.
Enfin les traditions sont si fortes que la loi a du mal à s'appliquer,  par exemple la  polygamie, les crimes d'honneur, ou l'appropriation privative de terres publiques.

Les "orthodoxes" appelés en Israël 'Harédi ne s'implique pas dans la société

Fermés sur eux même, les "craignant Dieu", juifs en noir, représentent un poids démographique quasiment égal à celui des arabes. Divisés en de multiples chapelles, ils ne participent que rarement à la défense nationale, car ils ne veulent pas côtoyer de femmes, et ont des exigences pratiques difficilement compatible avec la vie d'une armée moderne.

Ils poussent le pays vers la théocratie, se battent pour leur liberté d'enseignement, (certains refusent l'enseignement profane), et ont d'énormes besoin d'argent vu que beaucoup ne travaillent pas et vivent dans la misère, tandis que leurs institutions sont habituées à survivre grâce à la générosité publique. Une fraction croissante d'entre eux commence, par nécessité à entrer dans la vie active, ce qui pourrait avoir des conséquences importantes pour l'ensemble de la société.

 

 

D'autres communautés tentent de se faire entendre

La très importante communauté Russe, arrivée tardivement compte plus d'un million d'habitants, généralement laïques et nationalistes de droite, ils se sont opposés à la fois à l'établissement ancien plutôt travailliste, aux arabes et aux religieux. Leur réussite matérielle favorise leur assimilation dans la population judéo-israélienne.

Les juifs orientaux venus du monde islamique ont eu des difficultés d'intégration, déçus par la social-démocratie, ils se sont souvent retournés vers la droite voir l'extrême droite. Si certains se sentent proche des arabes par leur langue d'origine, et des proximités culturelles, d'autres au contraire ont fait des réactions allergiques compte tenu d'un passé douloureux.

 

II L'Offre politique et le choix des électeurs :

Comme en France, le libéralisme économique s'impose sur tout l'éventail politique, l'économie est mondialisée, Israël fait partie de l'OCDE il n'a guère de choix.
Le modèle américain est très présent dans l'esprit des israéliens, et l'arrivée de immigrés Russe a gnflé l'hostilité à toute idée d'économie interventionistes.
La notion de gauche-droite basée sur l'intervention de l'Etat n'est pas pertinente dans ce pays aujourd'hui.

  • "Le camp sioniste (29 sièges)

C'est le nouveau nom que s'est donné le parti travailliste et ses alliés, on peut le comparer au parti socialiste français, et son leader Isaac (ou Yitzhak) « Bouji » Herzog (en hébreu : יצחק "בוז'י" הרצוג), est un homme de cinquante cinq ans peu charismatique, qui évoque François Hollande. Il a fait campagne avec Tsipi Livni ancienne ministre de Nathanyahu, et qui avait la responsabilité des négociations avec les palestiniens.

Très soutenu par les occidentaux, américains et européens en raison de son engagement clair envers une solution à deux états pour tenter de régler le conflit avec les palestinien, il espérait être le porte parole des «indignés» qui avaient défilé en  masse à Tel Aviv pour protester contre la vie chère. Mais en Israël comme en France, la gauche séduit de moins en moins les couches populaires, et le «camp sioniste» a surtout été vainqueur à Tel Aviv, Haïfa et dans les banlieues chiques de la capitale économique du pays.

Son partenaire naturel "Meretz", comparable au Front de Gauche en France, mouvement laïque très fortement engagé contre la colonisation, a réussi à ne pas disparaître, mais a souffert du vote utile pour le camp sioniste, et du désintérêt des arabes, séduits par le vote communautaire.

  • Les centristes (21 sièges)

Des candidats issus pour la plupart de la droite, par ambition personnelle ont tenté de profiter des difficultés économiques des classes moyennes, pour se faire une place au soleil, il s'agit par exemple du parti "Koulanou" כולנו‎ "Nous tous" , dirigé par Moché Kahlon, cet ancien ministre de Nathanyahu s'est engagé à lutter contre l'inégalité criante du pays en s'attaquant aux système économique qui permet à quelques milliardaires de monopoliser la richesse du pays. Parti d'une position très dure dans les négociations avec les palestiniens, il avait assoupli sa position pour recueillir des voix.

Yesh Attid, il y a un avenir, יש עתיד est le parti de Yaïr Lapid, 'une vedette de la télévision, qui a été lui aussi ministre de Nathanyahu, ministre des finances très libéral, laïque, il s'est fait des ennemis, que son charme n'a pas réussi à reconquérir. Partisan du service militaire pour tous, y compris pour les ultra orthodoxes et les arabes, cela n'a pas suffit à séduire vu qu'il perd huit députés !

  • Les arabes (13 sièges)

Il existe quatre partis dit arabes, le parti communiste qui est judéo-arabe, et partisan d'un état judéo-arabe totalement laïque, sont président Ayman Odeh a été nommé tête de la  liste unifiée arabe.

1- Hada"sh (hébreu : חד"ש, cf. hébreu : חדש « nouveau », acronyme de hébreu : חזית דמוקרטית לשלום ולשוויון Hazit Demokratit LeSHalom ou LeShivion, rendu en arabe par arabe : الجبهة الديمقراطية للسلام والمساواة, al-Jabhah ad-Dimuqrāṭiyyah lis-Salām wa'l-Musāwah « Front démocratique pour la Paix et l'Égalité » )
Ce parti a vu ses rangs se renforcer par la présence d'Abraham Burg, homme politique important qui tenait a donner une couleur juive à ce parti partisan d'un état Binational.
Dov Khenin est le seul élu juif de la liste unifiée. (A côté il y a plusieurs élus arabes sur les listes "sionistes".

2- Le Balad, acronyme hébreu pour Brit Le'umit Demokratit (hébreu : ברית לאומית דמוקרטית ; arabe التجمع الوطني الديمقراطي (al-Tajamu' al-Watani al-Dīmūqrati) ou بلد (Tajammua) ; français : « Ligue démocratique nationale ») actuellement dirigé par Jamal Zahalka, ce parti a des positions très proches du Fatah, partisan d'une solution à deux états,il demande à Israël d'accepter le retour des descendants des réfugiés arabes de 1948, et n'accepte pas du tout l'idée qu'Israël soit un état juif. Haneen Zouabi, député réélue, est sa passionara la plus connue, ayant participé à l'odyssée du Navy Marmara, opération turque de soutien au Hamas, elle est probablement la femme arabe la plus détestée des juifs israéliens.

3- Le Ta'al, acronyme hébreu pour Tnu'a Aravit LeHithadshut (hébreu : תנועה ערבית להתחדשות, arabe : الحركة العربية للتغيير, français : Mouvement arabe pour le renouveau) a été fondé par Ahmed Tibi qui est proche des islamistes.

4- Le mouvement islamique israélien : Proche des frères musulman, ce mouvement est à la limite de l'interdiction légale, ".Al-Qods (Jérusalem) ne sera pas seulement la capitale de l'État palestinien, mais celle du vertueux califat islamique à venir", annonce fièrement Cheikh Kamal Khatib leader du parti. Ce parti n'avait pas d'élu lors de la précédante knesset.

Il faut noter qu'il y a aussi quatre députés arabes dans les autres listes, si bien que le nombre de député élu est à peu près proportionnel à la population.

Trouvant l'ensemble de ces partis fort peu patriotes, Lieberman avait fait changer la loi électorale, en imposant un minimum de quatre députés pour être présent au parlement, alors pour éviter l'élimation totale ces quatre partis ont fait liste commune, se sont placés sous la bannière d' Ayman Odeh, membre de 'Hadash, le seul parti présentable pour un électeur juif, et ont fait campagne commune.
La liste unifiée a fait un tabac, et a gagné deux sièges par rapport au parlement précédant. Les arabes ont voté massivement pour la liste unifiée avec des pourcentages tournant autour de 95 % à Nazareth, Taybeh ou Um El Fahm.

La liste arabe avait annoncé son refus d'alliance avec les partis sionistes pour diriger le pays, et aurait accepté de soutenir une coalition de gauche, soutien partiel au cas par cas.

  • Les 'Haredim (13 sièges)

Ce sont les hommes en noir, ceux qu'on qualifie improprement d'ultra orthodoxe, car il n'existe pas d'orthodoxie dans le judaïsme, méfiants vis à vis de la  politique, souvent neutres sur les relations judéo-arabes, ils se concentrent sur les questions religieuses, en particulier sur le respect du shabbat et le financement de leurs écoles, ils militent contre un état laïque.
Ils sont représentés par deux partis :
1- Judaïsme de la Thora : mouvement religieux des gens de rite ashkenaze, c'est à dire du rite allemand. en hébreu : יהדות התורה Yahadout Hatora .  La plupart de ses électeurs se concentrent sur Jérusalem et Bné Berak, voir Beith Shemesh.
2- Séfardim respectant la thora, Shass en hébreu : ש"ס: (Sefardim Shomré Thora) est son homologue sépharade (de rite oriental ou espagnol) . Suite à de graves dissensions internes et de scandales de corruption, les députés sont passés de 11 à 7 .

  • Les Nationalistes (44 sièges )

Il y a trois partis nationalistes, le plus important, le parti historique de la droite est le Likoud, et il a deux rivaux...

1- Israël Notre Maison (en hébreu : ישראל ביתנו, Israël Beteinou) parti Nationaliste Laïque d'Avidgor Liberman, à l'origine surtout centré sur l'électorat Russe, c'est donc un parti laïque Il prône une franche séparation avec les arabes, et souhaiterait céder à la Palestine des villes arabes frontalières. Pour Liberman, les arabes israéliens doivent opter pour une nationalité et être de bon citoyens. S'ils refusent allégeance à l'état, ils doivent s' installer ailleurs... pour cela on l'a traité de raciste. Le parti est libéral, sur le plan économique, mais des scandales touchant personnellement son leader et l'habileté de Nethanyahu lui a fait perdre cinq mandats, il ne lui en reste que six.

2-Le Foyer juif (hébreu : הבית היהודי, HaBayit HaYehudi) est le parti nationaliste religieux, c'est le parti majoritaire dans les implantations en Cisjordanie. Son leader, Nephtali Bennett né à Haïfa d'une famille d'origine américaine a été fondateur d'une start up qu'il a vendu pour se lancer en politique. Franchement opposé à l'idée d'un état palestinien, sa campagne a été plombé par ses partisans qui se sont opposé à ses tentatives de diversification, il voulait intégrer un champion de foot...  pas assez religieux pour ses militants, il a du renoncer, donnant un aspect intolérant à sa formation. En baisse de quatre mandats, il lui en reste huit.

3- Le Likoud הליכוד, soit littéralement la consolidation. C'est le grand parti de gouvernement de droite, l'équivalent de l'UMP actuelle. Son président Benjamin Nathanyahu que l'on donnait vaincu est un grand maître de politique politicienne, il a su siphonner la droite dure en promettant qu'il était contre un état palestinien avant les élections, tout en reniant sa parole le lendemain du vote.
Le Likoud a 30 députés, en gagne 10 par rapport aux anciennes élections, mais ses alliés nationalistes naturels en perdent 9.

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Michel Lévy