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Vers la fin du Régime Syrien


Dimanche, 28-Jui-2015
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On peu s'attendre à un effondrement du régime Allaouite, et la Syrie risque d'être divisée et amputée de sa partie Kurde.
L'Ouest avec Homs et Lataquié, peut-êstre Damas formerait un état refuge où les minorités allaouites et chrétiennes pourraient se réfugier. Damas et le reste de la Syrie pourrait tomber et être administré par des islamistes, qui devront se transformer en gestionnaires s'ils veulent conserver leur pouvoir. Un affrontement entre Jahmat Al Nostra et l'État Islamique est possible, mais ils peuvent aussi trouver un compromis politique en espérant secrètement prendre l'ascendant sur l'ensemble islamiste.
Les frontières anciennes vont sauter, et on arrivera probablement à des ensembles nationaux plus homogènes, plus cohérents, mais tellement moins riches.
En attendant les drames humains sont effroyables.
 

Tout le Proche Orient est un patchwork d'ethnies et de religions différentes qui coexistaient plus ou moins pacifiquement au sein d'empires. Les empires passaient, et les villages restaient fidèles à leurs traditions. Ainsi on a vu pendant deux mille ans des communautés araméennes subsister, quel est donc le village parlant encore gaulois en France au XX ième siècle ? 

La majorité du pays est arabe et sunnite, et il existe des communautés importantes qui ne le sont pas :
Soit elles ne sont pas sunnites comme les Alaouites, les Chrétiens (Dont une majorité grecque orthodoxe, mais aussi des arméniens, des maronites etc..), les druzes.
Soit elles sont sunnites mais pas arabes comme les Kurdes.


Il faut noter que certains syriens, surtout parmi les chrétiens commencent à douter de leur appartenance à l'arabité, même s'ils parlent cette langue.
Au fond, la plupart des syriens sont les descendants de la civilisation hellénistique, mélange de très vieilles cultures régionales, phénicienne, syrienne, mésopotamienne, et gréco-latine. Islamisés pour la plupart, marqués par les croisades, leur tradition n'est pas bédouine, ils sont des urbains, et non des gens du désert.

Les forces en présence :

  • Ceux qui soutiennent Bashar El Assad  : Avant tout la communauté Alaouite. La famille Assad a  hissé au pouvoir sa communauté, qui contrôle l'armée et les services de sécurité. Ils passent pour des profiteurs du régime. Leur religion peut-être plus chrétienne que musulmane est considérée comme hérétique, aussi ont-ils tout à craindre d'un triomphe des islamistes. Mais la majorité des chrétiens et des druzes inquiets de l'intolérance des islamistes s'est ralliée au dictateur perçu comme un moindre mal.
  • Les islamistes :  Ils tiennent le haut du pavé, et se composent de deux groupes :

    - «l'Etat Islamique» ou DAESH ce qui veut dire la même chose. A afin d'éviter «les amalgame» certaine chancellerie ont décidé de ne pas mettre le mot islam dans leur nom, cette feuille de vigne ne cache pas grand chose !

    - Le Front Jahmat Al Nostra : regroupe des sunnites salafistes qu'on dit proche d'Al Qaïda, ils prônent le califât et rejettent la démocratie. Toutefois ils tiennent à se montrer plus présentables que l'Etat Islamique dont ils sont les rivaux. Ils ont souvent mené des opérations en commun avec d'autres tendances de l'opposition
  • L'armée Syrienne Libre : Soutenue (faiblement) par les occidentaux, prépondérante au début de la guerre, ses forces se concentrent aujourd'hui dans le Sud du pays, mais son rôle apparait de plus en plus marginal
  • Les Kurdes : peuple indo-européen, de religion sunnite, ils habitent surtout la Turquie, mais aussi l'Iran la Syrie et l'Irak où ils possèdent un quasi état. Leur islam modéré, et leurs liens avec l'occident en font la bête noire des islamistes, ce sont des guerriers redoutables, appuyés par l'occident.
  • Les Druzes avaient réussi, malgré leur sympathie pour le clan Assad à rester hors du conflit, leur religion fait d'eux des hérétiques, ils sont menacés par les islamistes. Ils ne peuvent plus compter sur le soutien du régime qui a été obligé de retirer ses troupes pour défendre Damas. Certains rêvent d'un état Druze.

 

 

Le point sur les combat en juin 2015

Aujourd'hui, le 20 juin 2015, d'après ce qu'on peut lire, plus de la moitié du pays est sous le contrôle de l'État Islamique dont la capitale syrienne est Er Raqqah. DAESH avance vers l'Ouest et le Sud. Ils ont pris Palmyre (Tadmor), et les frappes de la coalition occidentale ne semblent pas les effrayer. Ils contrôlent aussi la moitié de l'Irak, et sont encadrés par les anciens généraux de Saddam Hussein. Ils bénéficient d'un apport important de volontaires djihadistes venus d'Afrique du Nord et d'Europe.

Les Kurdes ont remporté de grandes victoires, grâce à l'appui occidental, ils ont réussi à sauver Kobané, et viennent d'assurer leur contrôle le long de la frontière turque, sur plus de 400 kilomètres, en s'emparant de Tall Abyad, ils contrôlent le point de passage stratégique qui relie Er Raqqah, capitale syrienne de l'État islamique, à la Turquie. 
L'ambition des Kurdes est soit d'obtenir une large autonomie dans le cadre d'un état Syrien fédéral, soit d'être rattaché à la République Kurde à créer avec leurs frères d'Irak, ils se désintéressent du reste de la Syrie.

Jahmat Al Nostra , monte en puissance, et accumule les victoires, d'une part contre Assad qui est sur la défensive, et d'autre part sur les démocrates laïques, la milice Hazm, soutenue par les États Unis qui opérait au Nord a été amené à se dissoudre.
 Jahmat Al Nostra étend lentement son pouvoir sur tout l'Ouest de la Syrie. Au Nord, ils sont sur le point de prendre Alep, ville la plus peuplée de Syrie avant la guerre civile; au Sud il menace le Djebel Druze. Le mouvement essaie avec difficulté de se donner une image présentable, car elle sent bien la fin du régime actuel, et veut profiter du discrédit de DAESH pour être en position de force lors des négociations de paix.

Bachar El Assad est donc en très grande difficulté, il s'est fait évincer de la frontière israélienne par l'Armée de la Syrie Libre et par Jahmat Al Nostra . Le régime contrôle encore le pays Allaouite, autour de Lattaquié, avec le port Russe de Tartous. Il contrôle toujours Damas et Homs, dont la population sunnite a fuit, ainsi les axes y conduisant, il tente de résister à Alep, mais ses bases tombent les unes après les autres, les désertions s'accentuent, et des choix cruciaux s'imposeront probablement rapidement.

Le Djebel Druze tout au sud est menacé par Jahmat Al Nostra , à l'Ouest et par DAESH à l'Est. Les druzes ont constitué des milices de défense, et tentent de protéger leur territoire, ils sont particulièrement inquiet, au Nord, près d' Idlib, une vingtaine d'entre eux ont été assassinés par un groupe se revendiquant d'Jahmat Al Nostra dans le village de Kalb Lozé. Selon Jacques Benillouche, « Les Druzes sont ainsi obligés de payer la jizya, un impôt de capitation. Alors qu'ils n'obéissent pas aux lois de la charia puisque leur doctrine insiste sur l'unité absolue de Dieu, ils doivent suivre des cours obligatoires d'instruction religieuse pour tendre vers un pseudo sunnisme. Ils doivent abandonner leurs habits traditionnels pour la tenue islamiste et risquent la peine de mort s'ils ne s'inclinent pas respectueusement devant les émirs. »

 

L'issue possible des combats

Vu les rapports de force, le démembrement de la Syrie est probable. On envisage un triomphe des islamistes. Le président Assad sera probablement évincé, soit par la prise de Damas par Jahmat Al Nostra ou éventuellement DAESH, qui prendrait rapidement ainsi le contrôle sur toute la Syrie, soit par un repli stratégique organisé sur Homs et le pays Alaouite au bord de la Mer Méditerranée, ce qui lui permettrait de conserver le pouvoir sur son fief.

Ce repli entrainerait des mouvements de population, ceux qui ont soutenus le régime, les non-sunnites seraient en grand danger, et pourraient regagner cette zone  plus sûre pour eux, si Assad avait l'intelligence d'organiser à temps un repli stratégique aidé par les Russes et les iraniens.

A côté d'une "république Alaouite", le Kurdistan pourrait se rattacher à une "république Kurde" liée au kurdistan irakien. Le reste du pays devrait se partager entre les zones contrôlées par Jahmat Al Nostra et Daesh.
         Dans ce cadre Jahmat Al Nostra tend à se montrer présentable sur la scène internationale, alors que DAESH profite d'immenses richesses pétrolières, et d'une solide implantation en Irak.
      Après Assad, ils vont sûrement s'affronter, et compte tenu des aléas on aura peut-être aura un état salafiste Syrien autour de Damas, à côté de l'État Islamique, ou un seul Califat sur l'Est Syrien et l'Ouest irakien. On peut aussi envisager une fédération, et un compromis entre les tendances islamistes, pour une direction collégiale unifiée.

La majorité de la population syrienne est épuisée, les réfugiés se comptent par millions. La plupart aspire à vivre normalement, à manger, à ne plus craindre les bombardements et les violences de la guerre. Après tout il n'y a pas moins de liberté sous DAESH que sous Assad. La population sunnite, assommée accepte toute domination pourvu que la vie puisse reprendre, qu'elle puisse manger, et vivre.

Le dilemne Druze

Les druzes sont environ 600 000 en Syrie, 1,6 millions au Liban et 150 000 en Israël, ayant une religion non sunnite, ils sont menaçés par DAESH et Jahmat Al Nostra , en outre leur loyauté envers Assad en fait un cible privilégiée lorsque l'armée du dictateur se retire. Or Assad vient de retirer ses troupes du Djebel Druze, et ne tient plus au Sud qu'une seule petite ville, druze Hader, à la frontière du Golan, riche de 25000 habitants, qui se trouvent aujourd'hui entièrement encerclés par des "rebelles" dont Jahmat Al Nostra semble être le fer de lance.

Le massacre de Kalb Lozé, le mauvais sort fait aux Yazidis, et aux chrétiens fait craindre le pire, pour cette communauté fidèle à l'État. Aussi une émotion très vive a secoué tous les druzes de la région.

En Israël les Druzes font l'armée, sont patriotes et ont au moins un député, membre du Likoud, Ayoub Kara qui fait le siège du gouvernement pour obtenir avec succès des engagements israéliens en faveur des druzes syriens.

Mon voyage sur le Golan, et la photo prise à Yarka, en Israël m'ont convaincu que l'identité Druze primait sur l'identité israélienne, voir syrienne. On sent bien monter un mouvement nationaliste.

Druzes de Yarka (Israël)

En cas de malheur, Israël s'est engagé à intervenir afin d'éviter un massacre de civils, et sa marge de manoeuvre est limité.

Israël ne veut pas accueillir de réfugiés, surtout que les druzes Syriens n'aiment pas particulièrement l'état juif, et la multiplication des druzes sur le plateau du Golan ou en Galilée oblitérerait son caractère juif, poserait des probèmes économiques et sociaux, et se traduirait à terme par des risques de cessession.

L'hypothèse d'un état druze et ami faisant tampon entre Israël et l'État Islamique peut faire rêver bien des israéliens, ce rêve n'est pas réalisable, les druzes de Syrie et du Liban n'ont aucune sympathie pour l'État Juif, rien ne dit que cet état resterait amical.
Cette création militerait contre la présence israélienne sur le Golan, risquerait d'agiter la Galilée, et il n'y a pas de continuité, entre les villages druzes de Gallilée, implantés au milieu d'autres chrétiens ou musulmans, qui sont bien loin de la montagne druze du Liban qui elle même ne touche pas le Djebbel Druze Syrien. .

Israël ne veut surtout pas s'engager dans la guerre civile syrienne, le coût serait trop élevé, et tous les syriens se ligueraient contre lui, comme ce fut le cas lors de son intervention malheureuse pendant la guerre du Liban, où Israël croyait les chrétiens en danger. Un présence militaire israélienne au côté des druzes les feraient passer pour des traîtres, ce qu'ils ne veulent pas.

L'accord salvateur ?

On ne voit pas qui pourrait empêcher les djihadistes de conquérir le Djebel Druze, avec tous les risques que cela comporte pour la population civile. Wallid Joumblatt, le chef des Druzes Libanais est allé à Amman en Jordanie, et aurait obtenu un accord. Les Druzes et Jahmat Al Nostra auraient signé un pacte de non agression réciproque, validé par le Roi de Jordanie et les États Unis.
- Les druzes s'engageraient à ne plus collaborer à la défense du régime du président Assad. En particulier les milices druzes pro-Assad n'opéreraient plus à partir du Djebel Druze.
- Jahmat Al Nostra ne pénétrerait pas dans les villages druzes du Golan.
Dès à présent la fontière avec la Jordanie sera ouverte pour les vivres et les armes à destination du Djebel Druze.

Cet accord, s'il était confrimé et respecté enlèverait une épine du pied à Israël, l'État hébreu était coincé entre sa volonté de ne pas intervenir dans la guerre civile libanaise, et sa volonté de ne pas se fâcher avec ses propres druzes. Si des massacres avaient lieu dans la montagne, Israël ne pourrait pas rester les bras croisés, il offrirait à reculon une protection dans une zone proche de sa frontière, et remuerait ciel et terre pour que d'autres interviennent au sol avec l'aide de sa logistique et de ses renseignement pour sauver les éventuelles victimes civiles. Le pays n'avait le choix qu'entre des mauvaises solutions.

Le conflit syrien contamine Israël, des Druzes du Golan ont attaqué un convoi humanitaire à l'intérieur d'Israël, ils ont lynché un blessé syrien en route pour l'hôpital. Les druzes accusent Israël de soigner des islamistes, Israël soigne n'importe qui à titre humanitaire. S'en prendre à des blessés pour les massacrer en affirmant qu'on a vaincu Al Qaïda montre le potentiel de violence et de sauvagerie qui existe chez certaines personnes, et cela peut faire peur.

En conclusion :

L'abominable guerre de Syrie a fait des centaines de milliers de morts dont des dizaines de milliers d'enfants, les réfugiés se comptent par millions, Israël a réussi à se tenir à l'écart, ce qui ne l'empêche pas d'être accusé de soutenir Jahmat Al Nostra ou DAESH pour les uns, et Assad pour les autres. Il faut espérer que la guerre cesse au plus vite, et que les vainqueurs se montrent humains, l'adage "Malheur aux vaincus" pourrait donner aux futurs évènements une tournure encore plus dramatique.

Michel Lévy

 

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