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Le Brexit


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Par crainte de l'immigration, des impôts ou de vivre le même calvaire que la Grèce, la majorité des anglais a rejeté la communauté européenne contre les souhaits des dirigeants politiques et économiques du pays. Cela crée un énorme désordre monétaire et financier, car personne n'avait prévu de plan "B". La sortie de la communauté est si complexe à réaliser, si contraire aux intérêts de tous, qu'il est fort probable qu'on trouve une astuce pour sauver ce qui peut l'être.

 
        Le premier ministre de Grande Bretagne, David Cameron a tenté un coup de poker de politique politicienne, en faisant plébisciter l'Union Européenne, il espérait couper l'herbe sous les pieds de ses concurrents au sein du parti conservateur, et assurer ainsi la longévité de son gouvernement.

52 % pour sortir de la communauté, oui, mais pas partout !

Par plus de 52 % des voix, les Britanniques ont choisi de quitter l'Union Européenne, si Londres souhaite rester dans la communauté, ce qui est logique vu l'élection de son maire, c'est l'Angleterre ouvrière qui a voté la sortie, en particulier les grandes villes industrielles où la crise est encore présente.
Les circonscriptions industrielles du Pays-de-Galles ont déjoué les pronostics en plébiscitant la sortie. Cameron pourra longtemps repenser à la manière dont il a géré la crise de l'acier. A Sunderland, au cœur du heartland travailliste, le brexit l'emporte avec 71% des voix. Témoignage de la manière dont bon nombre de communautés, notamment dans les anciens bastions industriels, de sentent marginalisées.

Très inquiétant, le vote de l'Écosse pour l'Europe montre une division profonde du peuple britannique. L'Ecosse devrait organiser un référendum pour son indépendance, afin de rester dans l'Union Européenne, et récupérer ainsi une part des investissements qui se tournaient vers Londres. C'est dans les eaux Ecossaises que se trouvent les ressources pétrolières britanniques.

L'Ulster, Irlande du Nord est divisée, la majorité catholique a voté aussi pour l'Europe, et de très nombreuses voix s'élèvent pour demander le rattachement du nord de l'Ile à la République d'Irlande, alors que les protestants ont voté la sortie comme la majorité de l'Angleterre.

Même Londres envisage un statut particulier lui permettant de rester dans l'Union.

C'est l'unité du Royaume Uni qui est dès à présent remis en cause.    

On a beaucoup insisté après le vote sur le conflit de génération, les jeunes anglais seraient europhiles, contrairement aux vieux.

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Toutefois, en tenant compte de l'abstention, on obtient cet autre résultat tout aussi intéressant, les jeunes politisés sont europhiles, mais la plupart d'entre eux se désintéressent de la vie publique. En fin de compte c'est cette indifférence et ce mépris pour la démocratie qui est le plus significatif.

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Conséquences financières et politiques immédiates        .

Ce vote a provoqué un crack boursier, les valeurs boursières ont fait un plongeon de plus de 8 % en un jour, et certains titres, comme la Société générale, sur la place de Paris ont perdu plus de 20 % en une séance.

La Livre sterling a dévissé à son niveau le plus bas depuis trente et un an .  

                                                                                                 .

La notation du Royaume-Uni a été dégradée de AAA à AA, ce qui va renchérir le coût de sa dette et compliquer son atterrissage économique.

Des délocalisations d'emplois sont annoncées vers le continent, pire, vers l'Irlande ! et les institutions du pays sont paralysées

Comment expliquer le Brexit ?


1) Hors de la communauté, il y a un salut.

Déjà, il faut savoir que l'Angleterre a refusé l'Euro, et ne s'en est pas portée plus mal, bien au contraire, sont taux de croissance est supérieur à celui du reste de la communauté européenne. Certains pays ont rejeté l'Union, et n'en font pas partie, comme la Norvège, l'Islande, et la Suisse

  • La Norvège grâce à son pétrole dispose de ressources qui lui permettent d'assurer son indépendance sans aucun problème.
  • L'Islande vient de retirer sa candidature à l'Union Européenne, après avoir frôlé la faillite, elle a choisi de ne pas payer ses dettes, de relancer son économie avec succès, puis de reprendre langue avec ses créanciers, politique bien plus profitable au peuple islandais que celle imposée à la Grèce !
  • La Suisse bénéficie d'une rente financière avec ses banques, (20 % du PIB) mais aussi d'une industrie très innovante basée sur de nombreuses PME.
    Tous les franc-comtois savent qu'il y a du travail en Suisse, la main d'œuvre bon marché n'entraine pas le plein emploi, bien au contraire  !  La Suisse est la preuve vivante que la politique d'austérité préconisée par la Communauté Européene n'est pas la route qui mène au succès économique. 

2) La crainte de l'insécurité et de perdre son identité

L'Europe n'a pas voulu, ou pas pu contrôler ses frontières. L'afflux de réfugiés et l'apparition de minorités visibles provoque un phénomène de rejet, particulièrement sensible dans les zones en déclin.. On s'est demandé si l'Etat-providence pouvait survivre à une forte immigration. David Cameron avait d'ailleurs tenté de négocier un accord en février dernier puisqu'il voulait obtenir que l'Union européenne accorde au Royaume-Uni un régime dérogatoire afin que les aides sociales destinées aux travailleurs européens ne soient versées qu'après 5 ans de résidence.
L'Etat-providence peut-il survivre sans conserver une base nationale ?
A côté de cela, la menace terroriste existe ici aussi, la libreté de parole des islamistes terrorise ceux qui habitent au fond des campagnes, et il y a un racisme croissant et de moins en moins caché particulièrement vif parmi les populations frustrées, et inquiètes. Cette tendance hélas n'est pas propre à la Grande Bretagne, mais ici elle est encore plus forte, il ne faut pas oublier que l'Angleterre est une île.

3) Un pouvoir non protecteur et lointain et méprisant

Ce désamour s'explique aussi par l'idéologie néo-libérale et monétariste des dirigeants. Trop souvent l'Union européenne donne d'elle-même l'image d'une institution technocratique, à l'origine de lois décidées sans lien perceptible avec les citoyens des différents pays qui la composent. Son apparente soumission aux lois du marché donne ainsi le primat à l'économique et au financier sur le politique et le social.

L'impression finale est que le génie de chaque nation est gommé au profit d'un ensemble froid et impersonnel écrasant toute différence. Ses dirigeants négocient des accords mondiaux de libre échange qui oublient l'espace et les conséquences locales. Or les citoyens habitent quelque part, et si la City trouve profitable l'ouverture aux produits américains (TAFTA) ou asiatiques par exemple, les ouvriers perdant leurs emplois sont beaucoup moins enthousiastes

L'UE est technocratique, paralysée par un consensus à domination allemande et n'est pas à l'écoute des classes moyennes en voie de précarisation. Le rêve européen est parfois devenu un cauchemar pour le quotidien. Le traitement de la Grèce illustre ce mépris des états faibles. L'Europe ne nous a pas protégés contre la crise des subprimes de 2008, de 2011. Elle ne nous a pas protégés du chômage du masse, et échoue à le faire face à la crise migratoire.
Son mécanisme de représentation et de décision est à revoir, il faudrait une responsabilité politique, ce qui suppose aller vers un vrai fédéralisme, avec des responsables choisis démocratiquement, et pouvant être mis en minorité. Nous sommes au millieu du gué, et nous devons avancer ou reculer, on ne peut plus faire du sur-place.

4) L'Europe est le bouc émissaire des échecs gouvernementaux

Ce même phénomène frappe toute l'Europe, et les partisans du "Brexit" ont beaucoup joué là dessus. L'Europe est systématique accusée par les dirigeants pour justifier des politiques impopulaires, aussi bien France qu'en Grande Bretagne.


"Qui allons nous blamer pour nos problèmes, maintenant ?

Conséquences prévisibles

1) Trouble dans la classe politique anglaise

En conséquence, le premier ministre David Cameron, premier ministre conservateur a annoncé sa démission. Son concurrent conservateur, ancien maire de Londres et partisan du "Leave" Boris Johnson devrait récupérer la place, si le parlement le voulait bien. Pour Boris Johnson, la communauté européenne n'est qu'une machine à réguler les immigrants plus ou moins clandestins.
Ce résultat a aussi ébranlé les travaillistes, où Jeremy Corbyn, est très sérieusement mis en cause pour ne pas avoir assez soutenu le maintien dans l'Union. Une motion de défiance a été votée par 172 députés, et 40 seulement ont apporté leur soutien au dirigeant travailliste, alors que les membres de son cabinet fantôme démissionnaient les uns après les autres.
  « Nous n'avons pas de gouvernement, nous n'avons pas d'opposition. Les gens qui nous ont mis dans ce pétrin se sont enfuis », a résumé, lundi, Alistair Darling, ministre des finances pendant la crise de 2008, mettant en garde contre le danger du « vide ».

       C'est le leader du parti populiste YUKIP, Nigel Farage qui triomphe.  Or après l'euphorie des résultats, il est obligé d'avouer qu'il a menti. L'argument massue des nationalistes britanniques de UKIP durant la campagne en faveur du départ du pays de l'Union européenne était : "Le Royaume-Uni envoie chaque semaine plus de 350 millions de livres (ou 430 millions d'euros) chaque semaine à l'UE, nous allons rediriger cette somme vers le système de santé publique (National Health Service)."  Cette information étant fausse, Nigel Farage ne pourra pas tenir ses promesses.

 

 

2) Les Eurosceptiques rêvent d'un tel référundum chez eux

On peut parier que si un tel référendum était organisé dans les autres pays européens, beaucoup suivraient l'exemple britannique. L'Europe est de plus en plus impopulaire, y compris aux Pays Bas pays europhile s'il en est et fondateur de l'Union Européenne.  La droite nationaliste jubile. La députée du Vaucluse Marion Maréchal Le Pen a twitté : "Il est désormais temps d'importer la démocratie dans notre pays. Les Français doivent avoir le droit de choisir!",

3) Un impact qui risque de s'aggraver

Le Brexit ne changera pas la donne au sujet des grandes questions de société, des millions de musulmans pakistanais, arabes, turcs, afghans, habitent déjà le pays, et beaucoup ont la nationalité britannique, ils ne s'évanouiront pas du paysage. La pression des malheureux pour rejoindre leurs proches en Grande Bretagne continuera. Avec ou sans Communauté Européenne, les islamo-fascistes continueront à faire peser sur le pays une menace terroriste.
         Le pays subira des retards, car il sera forcé de renégocier bilatéralement tous les accords avec chaque pays membre, il va perdre des subventions dans certains secteurs, comme l'éducation, ou des régions en reconversion comme le Pays de Galles. L'Union européenne ne leur accordera aucun traitement de faveur, cherchant à tout prix à décourager d'autres pays de choisir l'indépendance.

La city, principale place financière d'Europe gère les transactions internationale en Euro, c'était une faveur faîte à Londres bien que la Grande Bretagne n'ait jamais accepté la monnaie unique, hors de la communauté européenne, cela ne sera plus possible, et ce sont des milliers d'emplois que Londres va perdre.  La chute de la Livre, si elle se prolongeait pourrait avoir de graves conséquences sur les britanniques retraités expatriés, en particulier en France.

Autres conséquences les anglais devront négocier pays par pays des accords de libre circulation, comme la Suisse, s'ils ne veulent être obligé de demander un visas à chaque déplacement à l'étranger. Pour être membre du club européen et bénéficier d'un accès complet à son marché, il faut payer ses cotisations et accepter la libre circulation des personnes. Pourtant, les Brexiters se prétendent contre la contribution au budget européen et contre l'immigration. Casse-tête !

On peut s'attendre à certains transferts de siège sociaux vers d'autres pays de l'Union Européenne, on pense à Paris, Franckfort, ou Berlin mais aussi plus probablement Dublin.

Le résultat du vote sera-t-il définitivement entériné ?

Londres a voté pour rester dans l'Union, et beaucoup d'anglais regrettent leur vote, une pétition circule pour demander un second tour, en s'appuyant que le fait que le quorum de 75 % de participation n'a pas été atteint. En fait, il y a eu 72 % de votants, et cette pétition a obtenu plus de deux millions de votes en 48 heures, et trois millions le lendemain, du jamais vu dans l'histoire d'une pétition. Les ordinateurs ont été dépassés.

En Grande Bretagne, c'est le Parlement qui détient la réalité du pouvoir, c'est donc lui seul qui a compétence pour demander officiellement l'application de l'article 50 du traité de Lisbonne, qui met en oeuvre le retrait de la Communauté Européenne. Or le parlement est hostile au retrait, David Cameron a démissionné et laissera à son successeur le soin d'entamer les procédures, il ne sera pas nommé avant deux ou trois mois.

Cela laissera un certain temps pour établir une stratégie, et c'est nécessaire, personne outre Manche n'avait prévu le résultat du vote, il n'y avait aucun plan pour faire face à cette situation  !  tout le monde a été pris de cours, les partisans du In comme ceux du Out.

L'ancien Commissaire européen à la concurrence, ancien directeur général de l'OMC, actuel président de l'European Policy Center et actuel président de Goldman Sachs International Peter Sutherland a diffusé le tweet suivant suite à la victoire du Brexit au référendum britannique : « The younger generation in UK has been sacrificed all because of distortion of facts & consequences. Somehow this result must be overturned. » La jeune génération au Royaume-Uni a été sacrifiée, tout ça à cause d'une déformation des faits et des conséquences. D'une façon ou d'une autre, ce résultat doit être annulé. 

L'article 50 du traité de Lisbonne dit qu'il faut « l'approbation du Parlement européen »
Le Conseil doit statuer à la majorité qualifiée. Celle-ci est définie par l'article 205 du TFUE, paragraphe 3, point b, qui stipule : « la majorité qualifiée se définit comme étant égale à au moins 72% des membres du Conseil représentant les États membres participants, réunissant au moins 65% de la population de ces États. ». Ainsi, une majorité « qualifiée » peut refuser la sortie d'un État souverain qui le demande, ou lui proposer des conditions inacceptables.

Aussi longtemps que la demande de sortie n'aura pas été déposée en bonne et due forme, la Grande Bretagne reste dans l'Union, même si son comissaire européen a démissionné, elle doit respecter ses obligations, mais cette situation ne doit pas durer trop longtemps, François Hollande insiste pour une sortie rapide, il espère même que cette situation imprévue soit l'occasion de refonder l'Union sur de nouvelles bases, et de lui donner un nouveau souffle. Le Général de Gaulle déjà en son temps avait exprimé l'idée que la Grande Bretagne serait un boulet pour l'Europe, alors, pourquoi pas profiter de cette libération pour avancer vers une Europe plus sociale ?

Pour Angela Merkel, chacelière d'Allemagne, la Grande-Bretagne ne pourra pas faire son marché et choisir uniquement ce qui l'intéresse dans l'Union européenne lors des négociations sur sa sortie du bloc communautaire.

Aujourd'hui, on sent bien que les négociations seront longues et difficiles, les dirigeants anglais avancent à reculon, les négociateurs sont pour la plupart opposés à la sortie de l'Union, et risquent fort d'être obligé de négocier le dos contre le mur. Certains se prennent à rêver, "et si on organisait de nouvelles élections ?  si les électeurs renvoyaient au parlement une écrasante majorité de partisans de l'Europe ?  ?  ne pourrait-on pas dire ce qu'une élection a fait, une autre élection peut le défaire ?  ?  ?   

Le 29 juin 2016, nous en sommes là, wait and see...

Michel Lévy

Revue de Presse