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Coup d'Etat en Turquie
Revue de presse


Vendredi, 12-Aoû-2016
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Les raisons de mon soutien au coup d'État manqué en Turquie

par Daniel Pipes
National Review Online
18 juillet 2016

http://fr.danielpipes.org/16836/soutien-coup-detat-turquie

Version originale anglaise: Why I Rooted for the Turkish Coup Attempt
Adaptation française: Johan Bourlard

Tous les gouvernements qui comptent dans le monde ont condamné la tentative de coup d'État en Turquie, à l'instar des quatre grands partis représentés au parlement turc ainsi que du chef religieux, Fethullah Gülen, accusé d'avoir été à l'origine du coup d'état avorté.

Autant de réactions qui me donnent l'impression d'être un peu seul, moi qui avais tweeté vendredi, peu après le début du soulèvement : « #Erdoğan a volé les récentes élections en #Turquie et gouverne de façon despotique. Il mérite d'être chassé par un coup d'État militaire qui, je l'espère, réussira

Cette prise de position étant quasi-unique, une explication de plus de 140 caractères s'impose. Trois raisons motivent mon soutien à l'éviction, par ce qui semble constituer les forces de la réaction, d'un président qui a été élu et gouverne sous des apparences démocratiques, Recep Tayyip Erdoğan :

1- Erdoğan a volé les élections. Erdoğan est un islamiste qui s'est d'abord fait un nom, tant comme maire d'Istanbul que comme Premier ministre, en respectant les règles du jeu démocratique. Puis, au fil du temps, il a de plus en plus dédaigné ces règles, particulièrement celles en matière électorale. Il a établi son monopole sur les médias d'État et a encouragé tacitement les agressions physiques à l'encontre de membres de partis adverses. Il a en outre volé les élections. À cet égard, le dernier scrutin national, qui s'est tenu le 1er novembre 2015, a montré, plus encore que les scrutins précédents, de nombreux signes de manipulation.

2 Erdoğan gouverne de façon despotique. Pas à pas, Erdoğan a établi son contrôle sur différentes institutions et ce, même depuis son accession, il y a deux ans, à la présidence de la république, une fonction qui pourtant est historiquement et constitutionnellement non politique. Résultat : une part sans cesse croissante de la population turque travaille sous son contrôle direct ou sous celui de ses laquais : le Premier ministre, le gouvernement, les juges, la police, les enseignants, les banquiers, les patrons des médias ainsi que d'autres dirigeants du monde des affaires. Si le commandement militaire a courbé l'échine devant Erdoğan, la récente tentative de coup d'État confirme néanmoins que le corps des officiers demeure la seule institution échappant jusqu'ici à son contrôle direct.

3 Erdoğan utilise ses pouvoirs despotiques à des fins pernicieuses, répandant ce qui est devenu une véritable guerre civile contre les Kurdes du sud-est de la Turquie, fournissant son aide à l'EI, agressant ses voisins, et se faisant le promoteur de l'islamisme sunnite.

Les affrontements entre Kurdes et forces de police ont fait de nombreux dégâts dans le quartier de Gazi, à Istanbul.

Les interventions antérieures de l'armée se sont avérées efficaces. La Turquie est le pays où les coups d'État militaires ont eu les effets les plus positifs. Lors des quatre coups qu'a connus la Turquie moderne (1960, 1971, 1980, 1997), le commandement général a toujours eu une conscience disciplinée de son rôle – redresser la barre et remettre l'État sur les rails. Leur gouvernement par intérim a duré respectivement, 5 ans, 2 ans et demi, 3 ans et 0 jour.

La Turquie bénéficierait à présent d'une période de réajustement par l'armée qui aurait mis fin au pouvoir toujours plus encanaillé d'Erdoğan même s'il avait fallu pour cela accepter son remplacement par des personnalités islamistes plus raisonnables issues de son propre parti comme Abdullah Gül ou Ali Babacan.

Pour reprendre les termes mémorables de Çevik Bir, l'un des maîtres d'œuvre du coup d'État de 1997 : « La Turquie est le pays du mariage de l'islam et de la démocratie. L'enfant de ce mariage est la laïcité. Or il se fait que de temps à autre, cet enfant tombe malade. Les Forces armées turques interviennent alors comme le médecin qui agit pour sauver l'enfant. » Cet enfant est aujourd'hui très malade et a besoin d'un médecin. Cette fois malheureusement, le médecin a été empêché d'agir. On ose à peine imaginer l'ampleur avec laquelle la maladie va à présent se propager.

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Le général Çevik Bir m'offrant un souvenir au quartier général de l'armée turque à Ankara, en 1997.

On a déjà une petite idée de ce à quoi la situation va ressembler : 6.000 Turcs ont déjà été arrêtés, près de 3.000 juges et procureurs ont été limogés et les relations avec Washington ont pratiquement atteint un niveau de crise depuis qu'Erdoğan a demandé l'extradition de Gülen [exilé aux États-Unis depuis 1999, NdT]. Les certitudes qui prévalaient par le passé ont laissé la place à un avenir plus incertain que jamais.

En conclusion, je renouvelle ce que j'avais déjà prédit : la chute d'Erdoğan interviendra probablement sur le terrain étranger. En appliquant aux relations internationales l'attitude belliqueuse qui lui réussit si bien sur le plan intérieur, Erdoğan finira probablement par tomber, une fois qu'il se sera montré d'une agressivité telle que celle-ci se retournera contre lui. Alors, et après avoir payé le prix fort, la Turquie sera enfin débarrassée de ce mégalomane.

 

Turquie. Coup de maitre de Poutine

  • 23 JUIL. 2016
  •  

PAR JEAN-PAUL BAQUIAS    BLOG : POUR UNE EUROPE PUISSANCE

Dans des articles précédents, nous n'avions pas pleinement pris le parti de Recip Tayyp Erdogan face à la tentative de coup d'état dont il avait été l'objet. Le Sultan est si peu sympathique, en tant que représentant d'un islamisme de plus en plus combattif, et si loin de la démocratie telle est quelle majoritairement conçue en Europe, que l'on pouvait éprouver un certain intérêt pour le putsh.

Ceci dit, il faut être réaliste. Les ennemis de nos ennemis sont nos amis, selon la formule. En l'espèce, il est apparu ces derniers jours qu'Erdogan avait pris un virage géostratégique à 180°. Il était jusque là le soutien le plus ferme des manœuvres américaines pour déstabiliser l'Europe, notamment à travers l'appui aux migrations. Il était aussi à travers l'Otan le soutien le plus actif des opérations militaires visant à encercler la Russie, comme pour aider Etats sunnites terroristes combattant la présence russe en Syrie. Cependant, depuis quelques semaines avant le coup d'Etat, il avait conclu avec Vladimir Poutine une série d'accords lui permettant de s'insérer dans les grands projets proposés conjointement par Moscou et Pékin dans le cadre de ce que l'on appelle désormais l'Union eurasienne . Voir notre article Poutine pardonne à Erdogan http://www.europesolidaire.eu/article.php?article_id=2200&r_id

Il était devenu évident pour Washington qu'il fallait donc abattre Erdogan. D'où ce coup d'Etat. Mais celui-ci avait été si rapidement monté et si maladroitement qu'il a eu la suite que l'on sait. Il a été peu dit que cet échec a été en partie provoqué par les écoutes des services russes ayant in extremis détecté le danger. Erdogan a été prévenu juste a temps, ce qui lui a permis de quitter précipitamment la résidence d'été où il se trouvait et de rentrer à Ankara mobiliser ses soutiens.

Beaucoup de bruit a été fait sur le rôle qu'a joué dans cette affaire l'extrémiste islamiste réfugié aux Etats-Unis Fethullah Gülen, s'appuyant sur sa puissante confrérie. Mais Gülen n'aurait rien pu faire sans le soutien actif des Américains. Dans de nombreux pays, de tels coups d'Etat, préparés et menés par la CIA et le Département d'Etat, aboutissent à la chute de gouvernements légitimes et leur remplacement par des fétiches aux mains de Washington. Mais Moscou est dans ces cas trop loin pour pouvoir aider ces gouvernements à combattre les pronunciamientos.

Pourquoi Erdogan s'est-il tourné vers Moscou?

Ce changement n'a évidemment pas attendu le coup d'Etat pour se préciser. Depuis plusieurs mois, toutes les initiatives du Sultan pour construire à son profit une résurgence moderne de l'Empire de Constantinople avaient échoué, de même parallèlement que ses efforts, soutenus par les Américains, pour entrer dans l'Union européenne. La Turquie était en train de se transformer en un chaos généralisé. Le rapprochement avec la Russie lui permet de redevenir un élément important de l'ensemble historique, culturel et géographique qui les rapproche historiquement, et qui les rapprochera de plus en plus face à une Europe qui sous la pression américaine, refuse d'être autre chose qu'un instrument destinée à combattre la Russie.

         Concernant le grand problème qui depuis des années paralyse la Turquie, c'est-à-dire la création en Turquie d'un grand Kurdistan rassemblant les différentes provinces kurdes lequel priverait la Turquie d'un bon cinquième de son territoire, Moscou a donné des assurances. Si la Turquie s'intègre convenablement dans le projet eurasiatique, il ne soutiendra pas les indépendantistes kurdes.

Enfin, l'Iran qui jusque là était ressentie par la Turquie sunnite comme un adversaire chiite irréconciliable a depuis quelques jours accepté d'entretenir avec Ankara des relations de voisinage normale. Ceci a très directement résulté des interventions russes visant à ce que ces deux grandes puissances acceptent de coopérer, dans un Moyen-Orient où la présence russe est devenue incontournable. Trois jours seulement après le coup d'Etat manquée, le président iranien Hassan Rouhani a appelé Erdogan pour lui assurer que Turquie et Iran pourront certainement s'entendre, notamment pour combattre le terrorisme encouragé par l'Arabie saoudite et ses alliés américains. La conséquence immédiate de ce nouveau consensus sera le fait que la Turquie cessera de guerroyer contre Bashar al Assad.

Si l'on admet que le rapprochement turco-russe a très largement résulté de l'implication personnelle de Vladimir Poutine, il est évident que celui-ci vient de réussir un nouveau coup de maitre, face à des américains de plus en plus désemparés par l'évolution d'une partie du monde que, finalement, malgré l'activité redoublée de leurs services secrets et tous leurs dollars, ils connaissent assez mal.

 

 

24 JUILLET 2016, 15:28

Turquie, Iran et israël après le putsch raté



 

 

Edogan, en raison de sa politique débridée tout azimut et du coup d'État manqué, est contraint de réorienter sa politique internationale. Il compte sur l'Iran qui lui restera fidèle malgré la rivalité historique entre la Perse et l'Empire ottoman. L'Iran et la Turquie ont souvent eu des destins parallèles. Leurs programmes de modernisation se ressemblaient au lendemain de la guerre.

La République de Turquie a été fondée par Atatürk en 1923 sur la base d'une politique de modernisation autoritaire. Reza Shah de la dynastie Pahlavi en fit de même en 1925. Ces deux pays ont eu une période de collaboration intense des années 1950 jusqu'à la Révolution islamique de 1979.

À l'avènement de la République islamique, les relations entrèrent dans une période de turbulences qui n'empêchèrent pas le développement des échanges commerciaux. L'arrivée au pouvoir des islamistes de l'AKP en 2002 détendra les relations bilatérales avec une multiplication des visites officielles et une collaboration accrue dans le domaine énergétique. Les deux pays iront jusqu'à tenter en 2010 de trouver une issue à la crise du nucléaire iranien. Mais la guerre civile syrienne détériora les rapports politiques entre les deux pays car Téhéran tenait à rester fidèle à son alliance avec Damas alors qu'Ankara soutenait l'opposition syrienne pour se rapprocher de l'Arabie saoudite et du Qatar.

Après son élection en 2013, le président iranien Hassan Rohani exploita la présence croissante en Syrie de groupes radicaux menaçant la sécurité de la Turquie pour se rapprocher d'Erdogan. Il concrétisa ses nouvelles relations par un déplacement historique à Ankara en juin 2014. De nombreux accords économiques et énergétiques ont été conclus à cette occasion, avec des objectifs très ambitieux. Mais les questions de l'Irak, de la Syrie, du Yémen ainsi que les ambitions régionales de l'Iran ont pesé sur leurs rapports jusqu'à pousser Erdogan à accuser l'Iran, en mars 2015, de vouloir dominer la région. Malgré cet intermède, le 7 avril 2015, le président Erdogan entreprit un voyage officiel à Téhéran, où il fut reçu avec un faste inhabituel.


                           assemblée des experts

Les deux dirigeants savent qu'il existe une véritable complémentarité économique et géopolitique entre leurs États. L'Iran, qui possède d'importantes réserves de gaz et de pétrole, fournit l'énergie dont la Turquie a besoin en échange de produits agricoles et industriels. Le territoire turc est devenu un espace de transit énergétique entre l'Europe et l'Asie tandis que l'Iran a trouvé une ouverture vers l'Europe tout en permettant à la Turquie d'accéder au Caucase et à l'Asie centrale. Enfin, en tant qu'États non arabes au Moyen-Orient, peuplés de 80 millions d'habitants chacun, ils sont conscients que leur avenir politique dépend du terrain d'entente sur lequel ils peuvent se fonder.

Ces intérêts convergents expliquent que la collaboration au sommet a été totale à l'occasion de la tentative de putsch. Les Iraniens étaient prêts à apporter une aide éventuelle pour neutraliser les mutins. Durant les premières heures d'incertitude, Jawad Zarif, ministre iranien des affaires étrangères, était en relation constante avec son homologue turc Mevlut Cavusoglu pour s'informer de l'évolution de la situation et pour, le cas échéant, envisager un soutien concret à Erdogan. Ali Shamkhani, secrétaire iranien du Conseil suprême de sécurité nationale (SNSC), analysa la situation avec les chefs sécuritaires turcs.

La lacune des mutins, qui n'ont pas coupé les communications avec l'étranger, a permis à Qasem Soleimani, commandant de la Force Al-Qods, bras armé des Gardiens de la Révolution, et par ailleurs responsable des opérations spéciales extérieures, d'être sollicité avec son État-Major pour évoquer les différents scénarios pour briser la rébellion.

Les griefs iraniens, en raison du système de défense antimissile de l'OTAN installé sur le territoire turc et considéré comme un moyen américain pour protéger Israël, étaient entrés du domaine du passé. La coopération entre l'Iran et la Turquie continua dans de nombreux domaines, en particulier dans la lutte contre le terrorisme et contre le narcotrafic. Les deux pays se sont engagés à lutter conjointement contre les terroristes en Irak, alors que le PKK représente une menace sérieuse pour la Turquie. Le commerce bilatéral a fortement augmenté depuis ces dernières années.

L'Iran n'a pas hésité à apporter un soutien ferme à Erdogan au cours de la tentative de coup d'État et il n'en a pas fait un secret. La prise du pouvoir par les militaires turcs n'était pas acceptable pour les Iraniens qui voulaient cependant en faire un exemple. Le gouvernement turc devait dorénavant respecter les opinions et les votes des Syriens, libres de décider de leur sort. L'Iran a estimé devoir intervenir pour sauvegarder la menace contre la stabilité de la région avec le risque de répercussions aux alentours. La propre sécurité de l'Iran dépend de la stabilité en Turquie sans compter que depuis l'avènement d'un régime islamiste en Turquie, les relations bilatérales se sont améliorées.

Erdogan avait été très actif pour aider son voisin face aux sanctions liées au nucléaire iranien, par intérêt économique certes. Il avait continué à commercer avec l'Iran pour ses besoins pétroliers grâce à un système complexe d'intermédiaires permettant de passer à travers le filet des sanctions. D'ailleurs, à présent que le marché a été libéré, les deux pays s'attendent à tripler leur volume commercial pour atteindre 30 milliards de dollars. Il était de 2 milliards en 2001 et était passé à 22 milliards en 2012. C'est pourquoi l'Iran a tout fait pour sauver Erdogan en lui fournissant les informations de ses services secrets. L'agence officielle iranienne Iran fait état d'une conversation téléphonée entre Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani.

L'avenir du choix politique se pose à présent après la réconciliation entre Israël et la Turquie. La question pour Israël est de savoir comment il va s'insérer entre l'alliance de ces deux Grands du Moyen-Orient. La Turquie n'a pas renoncé à mettre son grain de sel à Gaza. Israël n'a pas obtenu la fin des contacts avec le Hamas alors que fin juin, Erdogan avait reçu le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal. En difficulté à Gaza, le Hamas s'est d'ailleurs orienté à nouveau vers l'Iran pour avoir des armes et une aide militaire.

Sur ordre des Iraniens, le Hamas pourrait faire capoter la réconciliation israélo-turque alors que Erdogan cherche à jouer un rôle de modérateur entre Israël et l'Iran. D'ailleurs en Israël le discours guerrier n'est plus de mise. L'ancien ministre de la Défense Moshe Yaalon, avait annoncé il y a quelques semaines que «à ce stade, et dans un avenir prévisible, il n'y a pas de menace existentielle face à Israël. Ainsi, il convient que la direction du pays cesse d'effrayer les citoyens et de cesser de leur donner le sentiment que nous nous trouvons devant une seconde Shoah».

Les Iraniens, pour l'instant, font tout pour honorer l'accord sur le nucléaire. D'ailleurs, l'AIEA (Agence internationale de l'énergie atomique) a confirmé que l'Iran respectait ses obligations en vertu de l'accord. Certes la posture du Hezbollah et de Téhéran envers Israël n'a pas varié vers plus d'agressivité mais l'entrée de la Russie sur la scène du Moyen-Orient n'est pas étrangère à cette évolution vers plus de dialogue. Erdogan reste quand même inquiet de l'avenir.

Il est certain qu'après les élections présidentielles américaines, l'engagement politique de Washington vis-à-vis de l'Iran va décliner. Ni le candidat républicain Donald Trump, ni la candidate démocrate Hillary Clinton n'ont émis le désir de continuer sur le chemin de l'administration Obama avec l'Iran. Ils se sont engagés à respecter l'accord mais ils ne s'opposeraient pas, le cas échéant, à de nouvelles sanctions du Congrès. Hillary Clinton a précisé que sa priorité sera de reconstruire les relations avec Israël et l'Arabie Saoudite. L'Iran ne serait plus prioritaire.

Cela explique que de nombreuses banques américaines soient frileuses après avoir jugé le risque d'entrer dans le marché iranien trop élevé en raison des défis politiques du côté américain.

Rohani a donc anticipé le coût politique d'une révision américaine à son égard. Les Iraniens auraient plus que jamais besoin des Turcs et ne verraient pas d'un mauvais œil un revirement de leur politique à l'égard d'Israël pour obtenir une ouverture totale de leur marché vers l'Occident. Quant à Erdogan, il compte plus que tout sur Israël et sur ses lobbies pour que son intégration à l'Union Européenne ne soit pas retardée. Après six années de brouille, le charme est rompu; Israël ne retrouvera plus le même niveau de chaleur dans ses relations avec la Turquie. Que fait donc Israël dans cette galère conduite par Erdogan et Rohani ?

 

Des messages cryptés impliquant les partisans du prédicateur Gülen interceptés

 

 

 

 

Source : AFP repris par I24News

Un grand nombre de gens identifiés grâce à Bylock étaient impliqués dans la tentative de coup d'Etat

Les autorités turques ont commencé à intercepter plus d'un an avant la tentative de coup d'Etat les messages qu'échangeaient sur un service de messagerie crypté des sympathisants du prédicateur en exil Fethullah Gülen, qu'Ankara accuse d'avoir ourdi le putsch manqué du 15 juillet, a déclaré samedi un responsable turc.

Selon ce responsable qui a requis l'anonymat, les services de renseignement turcs (MIT) se sont mis à décrypter ces messages échangés sur l'application ByLock dès le mois de mai de l'année dernière.

Il affirme que cette surveillance leur a permis de connaître les noms de 40.000 sympathisants du mouvement guléniste dont 600 militaires de haut rang.

"Un grand nombre de gens identifiés grâce à Bylock ont été directement impliqués dans la tentative de coup d'Etat", a affirmé ce responsable turc.

D'après lui, les partisans du prédicateur Gülen avaient pris l'habitude d'échanger par des systèmes de messagerie sécurisés depuis 2013 et ont commencé à utiliser ByLock en 2014.

Fethullah Gülen était devenu la bête noire de Recep Tayyip Erdogan en 2013 après qu'un scandale de corruption eut publiquement éclaboussé des proches de ce dernier, qui était à l'époque Premier ministre -il est devenu président en août 2014- et qui avait accusé son ancien allié d'avoir orchestré ce scandale.

"Les données collectées sur ByLock nous ont permis de réaliser un schéma de leur réseau, tout au moins d'une large partie de celui-ci. Ils ont ensuite changé de messagerie quand ils ont réalisé que ByLock n'était plus sûr", a indiqué le responsable turc.

Selon Ankara, les participants au putsch ont échangé via la messagerie WhatsApp pendant la tentative de coup d'Etat. Cette messagerie (groupe Facebook) propose depuis cette année un cryptage "total" de ses communications. Elle a été suivie par d'autres géants de l'internet (Apple, Google) qui souhaitent renforcer leurs dispositifs pour échapper à toute surveillance.

Le ministre turc de l'Energie Berat Albayrak avait déclaré cette semaine que les autorités avaient déjà préparé des listes de membres du réseau de Fethullah Gülen avant le putsch et s'apprêtaient à purger différentes institutions dont l'armée.

   
 

Le président turc appelle Américains et Européens « à se mêler de leurs affaires »

LE MONDE | 29.07.2016 à 17h19 • Mis à jour le 30.07.2016 à 16h40

 

Les inquiétudes répétées de la communauté internationale n'y font rien : deux semaines après le coup d'Etat raté du 15 juillet qui a fait vaciller le pouvoir islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan, la purge s'étend chaque jour un peu plus en Turquie.

  • Le président Erdogan rejette les « conseils » de l'Union européenne et des Etats-Unis

Le président Erdogan a appelé vendredi 29 juillet l'Union européenne et les Etats-Unis à « se mêler de leurs affaires », en réponse aux critiques des Occidentaux concernant la vaste purge. « Certains nous donnent des conseils. Ils se disent inquiets. Mêlez-vous de vos affaires ! » a déclaré M. Erdogan, au palais présidentiel, à Ankara.

Il a ajouté que, dans un geste de bonne volonté, il abandonnait des centaines de poursuites en justice lancées contre des personnes accusées de l'avoir insulté. Un des leaders de l'opposition est notamment poursuivi pour insulte.

Le chef de la diplomatie allemande Frank Walter Steinmeier a dénoncé jeudi une purge qui « dépasse toute mesure ». Il estime qu'« on ne peut se taire » devant l'ampleur des arrestations.

L'Union européenne a mis en garde implicitement la Turquie contre un gel des négociations d'adhésion du pays à l'Union si les poursuites contre les putschistes ne se font pas dans le respect de l'Etat de droit.

  • 18 000 personnes placées en détention

Plus de 18 000 personnes ont été placées en détention depuis le 15 juillet, a déclaré vendredi le ministre de l'intérieur turc Efkan Ala à la chaîne de télévision publique TRT Haber. Parmi elles, 9 677 ont été officiellement arrêtées et attendent de passer en jugement. Le ministre a ajouté que 50 000 passeports ont été confisqués.

Les limogeages se poursuivent. Le nombre d'employés du secteur public mis à pied depuis le putsch avorté s'élève désormais à 66 000, dont 43 000 dans l'enseignement, selon l'agence de presse progouvernementale Anatolie.

Le profond remaniement de l'armée continue

Le premier ministre turc Binali Yildirim a affirmé vendredi que l'armée a été« nettoyée » de tous les éléments liés au prédicateur Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis, accusé par Ankara d'être derrière la tentative de coup d'Etat.

Depuis le début de la purge, 149 généraux ont été limogés pour indignité, et l'armée doit donc être remaniée en profondeur. Jeudi soir, la présidence a annoncé que le vice-chef d'Etat major, le général Yasar Guler, prendrait la tête de la gendarmerie et que le commandant la 1re armée, le général Umit Dundar, assumerait les fonctions de vice-chef d'état-major.

Le chef d'état-major, le général Hulusi Akar – pris en otage par les mutins pendant la tentative de putsch du 15 juillet – est lui confirmé à son poste, de même que les chefs des armées de terre et de l'air et de la marine.

Des officiers de rang inférieur ont reçu des promotions rapides pour combler le vide créé par la saignée dans la hiérarchie de l'armée turque. Quatre-vingt-dix-neuf colonels ont été promus au rang de général ou d'amiral, et 47 généraux et amiraux immédiatement mis en retraite.

  • La purge s'étend au milieu économique

Vendredi, trois industriels de premier plan ont été mis en garde à vue dans le cadre des enquêtes tentaculaires sur les réseaux de l'imam Gülen.

Mustafa Boydak, président du conglomérat familial Boydak Holding, a été arrêté à Kayseri, dans le centre de la Turquie, en même temps que deux dirigeants de son groupe, a annoncé l'agence Anatolie. La police est toujours à la recherche de trois autres cadres de ce conglomérat. Boydak Holding a des intérêts dans l'énergie, la finance et les meubles. Il détient les marques Istikbal et Bellona, très connues en Turquie.

Ces arrestations sont apparemment les premières dans le milieu économique en Turquie. 
Mustafa Boydak est également le président de la chambre de commerce de Kayseri, une ville au développement rapide faisant partie des « tigres d'Anatolie », ces municipalités ayant prospéré depuis le début du règne de M. Erdogan, en 2003.

  • 17 journalistes placés en détention préventive

Un tribunal a ordonné samedi 30 juillet le placement en détention préventive de 17 journalistes accusés de liens avec le prédicateur Gülen.

Ils sont poursuivis pour appartenance à un groupe terroriste. Sur les 21 journalistes qui comparaissaient vendredi, 17 ont été écroués et 4 remis en liberté.

Parmi les reporters mis derrière les barreaux figure Nazli Ilicak, ancienne députée, licenciée du quotidien progouvernemental Sabah en 2013 après avoir critiqué des ministres empêtrés dans un scandale de corruption.

Bulent Mumay, ancien éditeur du quotidien Hurriyet et figure connue du monde des médias, a en revanche été remis en liberté.

Les médias sont en première ligne de la vaste purge en cours en Turquie. Plus de 130 médias ont été fermés par le gouvernement cette semaine et près de 90 mandats d'arrêts ont été émis contre des journalistes, des mesures très critiquées par les ONG de défense des droits de l'homme.

 

 

 

La politique turque s'invite en Allemagne

  • Par Jean-Michel Hauteville
  • Le Figaro
  • Mis à jour le 31/07/2016 à 22:29      Publié le 31/07/2016 à 18:24
  •  
Près de 40.000 partisans d'Erdogan se sont rassemblés dimanche à Cologne pour dénoncer le putsch manqué.
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«Oui à la démocratie, non au coup d'État»: tel était le slogan autour duquel près de 40.000 manifestants, très majoritairement sympathisants du président turc, Recep Tayyip Erdogan, se sont rassemblés à Cologne dimanche après-midi. Ils ont répondu à l'appel à protester contre le putsch avorté du 15 juillet en Turquie, à l'initiative de l'Union des démocrates européens turcs (UETD), une influente organisation politique germano-turque proche du Parti du développement et de la justice (AKP) de l'homme fort d'Ankara.

Fondée dans la cité rhénane par Erdogan lui-même, alors premier ministre, en 2004, cette organisation qui prône, selon ses statuts, le dialogue et la coopération entre les Turcs et l'Union européenne est décrite par un grand nombre d'observateurs comme un lobby pro-AKP en Allemagne. L'UETD a notamment organisé plusieurs meetings électoraux d'Erdogan sur le sol allemand.

En amont de la manifestation « géante » en faveur d'Erdogan, la tension était palpable dans la cité rhénane, qui avait mobilisé 2700 policiers et déployé huit canons à eau

Le rassemblement, au cours duquel des appels à rétablir la peine de mort ont été scandés par la foule et auquel des membres de groupuscules nationalistes turcs ont pris part, s'est déroulé dans le calme. L'annonce de la manifestation de dimanche avait suscité de nombreuses critiques en Allemagne, où l'image du président turc s'est largement dégradée en raison de sa dérive autoritaire. Au printemps, l'opinion allemande s'était captivée pour l'«affaire Böhmermann», au cours de laquelle un humoriste allemand s'était attiré les foudres du président turc en lisant un poème satirique sur sa personne. Signe de la défiance croissante qu'inspire le leader turc outre-Rhin, pas moins de quatre contre-manifestations se sont tenues dimanche à Cologne, mais elles n'ont finalement réussi à mobiliser que quelques centaines de personnes. Environ 200 sympathisants du parti régional d'extrême droite Pro NRW se sont également réunis devant la gare centrale de Cologne, encerclés par la police, qui les a empêchés de défiler dans la ville par crainte de débordements.

«Il est inconcevable qu'Erdogan envoie ses ministres à une manifestation à Cologne, alors que nos parlementaires n'ont pas le droit de visiter nos troupes stationnées en Turquie»

Klaus Bouillon, ministre de l'Intérieur du gouvernement régional de la Sarre

En amont de la manifestation «géante» en faveur d'Erdogan, la tension était palpable dans la cité rhénane, qui avait mobilisé 2700 policiers et déployé huit canons à eau afin d'assurer la tranquillité des habitants et parer à toute éventualité en ce dimanche à haut risque. La police avait par ailleurs obtenu l'annulation d'une l'allocution que devait tenir le ministre turc des Affaires étrangères devant la foule de manifestants, indiquant ne pas être en mesure d'assurer la sécurité de ce dernier. D'ailleurs, de nombreuses voix s'étaient élevées contre d'éventuels discours de politiciens turcs. «Il est inconcevable qu'Erdogan envoie ses ministres à une manifestation à Cologne, alors que nos parlementaires n'ont pas le droit de visiter nos troupes stationnées en Turquie», s'était emporté Klaus Bouillon, ministre de l'Intérieur du gouvernement régional de la Sarre. Le président du Parti libéral-démocrate, Christian Lindner, avait pour sa part appelé le gouvernement à «empêcher ces visites par tous les moyens légaux et diplomatiques».

Également prévue par les organisateurs de la manifestation, la diffusion en direct, sur écran géant, d'un discours d'Erdogan a également été bloquée in extremis par les tribunaux. Cette décision, qui a provoqué la fureur du président turc, a toutefois été saluée par la police, qui a vu là une façon d'«éviter que les esprits ne s'échauffent trop», selon les mots de Jürgen Mathies, le directeur de la police de Cologne.

Détracteurs intimidés

Cette manifestation illustre, aux yeux de beaucoup, un nouvel exemple des répercussions de la politique intérieure turque en Allemagne, où vivent 3 millions de citoyens turcs ou allemands d'origine turque, dont un tiers en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, grande région industrielle de l'ouest du pays dont Cologne est la plus grande ville. Cem Özdemir, le président du parti écologiste Les Verts, a dénoncé samedi les intimidations dont sont victimes les détracteurs d'Erdogan en Allemagne. Ce fils d'immigrés turcs, habitué des menaces de mort, a fustigé «la chasse aux opposants turcs » sur le territoire allemand et appelé à combattre «un climat de peur». Dans les jours qui ont suivi la tentative de putsch en Turquie, un centre culturel proche de la confrérie Gülen avait été assiégé et attaqué par environ 150 partisans du président turc à Gelsenkirchen, occasionnant quelques dégâts matériels.

Début juin, des députés allemands d'origine turque avaient dû être placés sous la protection de la police après avoir reçu des menaces de mort, en raison de la décision du Bundestag de reconnaître le génocide arménien.

 

Par Pierre Georges, le 02.08.2016 à 15h49 (mis à jour le 02.08.2016 à 16h00)
http://www.livreshebdo.fr/article/turquie-29-maisons-dedition-fermees-par-decret

Turquie : 29 maisons d'édition fermées par décret

 

 

Foire du livre d'Istanbul en 2015

Le gouvernement Erdogan justifie sa main mise sur les médias par la situation d'état d'urgence en Turquie. 

Après le putsch raté du 15 juillet, le président turc Recep Tayyip Erdogan ne relâche pas sa poigne de fer et a débuté une purge visant, entre autres, les médias et fermant notamment 29 maisons d'édition par un décret publié mercredi 27 juillet au Journal officiel. Dans un communiqué, traduit en anglais et relayé par l'Union internationale des éditeurs (UIE/IPA), l'Association des éditeurs turcs (Türkiye Yayıncılar Birliği) explique que le gouvernement justifie ces fermetures comme "des mesures nécessaires dues à l'état d'urgence et à des régulations relatives aux institutions". 

L'urgence du décret "rend impossible de demander une compensation pour les dettes et créances dues par les maisons d'édition fermées",poursuivent les éditeurs. "Cela mettra l'ensemble de l'industrie de l'édition en grande difficulté, car il fonctionne généralement avec de longs délais de paiements. Par conséquent, un certain nombre d'entreprises secondaires desservant le secteur seront également confrontées à la faillite".

Au total, les autorités ont ordonné la fermeture immédiate de 45 journaux, 16 chaînes de télévision, trois agences de presse, 23 stations de radio, 15 magazines, en plus des 29 maisons d'édition. Cette purge fait suite à une vaste vague d'interpellations lors de laquelle plus de 15 000 personnes auraient été placées en garde à vue en quelques jours, d'après l'AFP.

La liste des 29 maisons fermées

L'agence de presse indépendante Bianet, basée à Istanbul, donne sur son site internet la liste des 131 entreprises fermées par le décret du gouvernement Erdogan. Voici les 29 éditeurs concernés, classés par ordre alphabétique : Altın Burç, Burak Basın Yayın, Define, Dolunay Eğitim, Giresun Basın Yayın, Gonca, Gülyurdu, GYV, Işık Akademi, Işık Özel Eğitim, Işık, İklim Basım Yayın Pazarlama, Kaydırak, Kaynak, Kervan Basın, Kuşak, Muştu, Nil, Rehber, Sürat Basım Yayın Reklâmcılık, Sütun, Şahdamar, Ufuk Basın Yayın Haber Ajans Pazarlama, Ufuk Yayınları, Waşanxaneya Nil, Yay Basın Dağıtım Paz. Reklâmcılık, Yeni Akademi,Yitik Hazine, Zambak Basım Yayın Eğitim Turizm.

Réactions

Dans son communiqué, l'Association des éditeurs turcs déplore : "La fermeture de 29 maisons d'édition et la fermeture potentielle d'autres comporte le risque de violations des droits de l'homme, l'étouffement des libertés de pensée et d'expression, mais également des pertes financières et morales irréparables".

"Les auteurs et les traducteurs vont souffrir", peut-on lire dans le communiqué. Il en va de même pour les employés de ces 29 maisons qui "sans raisons criminelles, seront privés de leurs droits, de leurs emplois et de leurs salaires". Dans un communiqué, l'UIE apport son "soutien entier" aux éditeurs turcs et appelle Ankara à annuler ces fermetures.

 

 

Erdogan: «Si le peuple veut la peine de mort, les partis suivront»

Par lefigaro.fr, AFP, AP, Reuters Agences Mis à jour le 08/08/2016 à 17:08 Publié le 07/08/2016 à 18:19

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EN IMAGES - Devant des centaines de milliers de personnes réunies dimanche à Istanbul pour manifester contre le coup d'État manqué, le président turc a évoqué le rétablissement de la peine de mort.

À l'appel du président Recep Tayyip Erdogan, des centaines de milliers de Turcs - sans doute un million - ont participé dimanche à Istanbul à une manifestation géante contre le putsch manqué de la nuit du 15 juillet et affiché leur unité face aux critiques occidentales contre la répression entreprise par le pouvoir turc depuis la tentative de coup d'État.

«Si le peuple veut la peine de mort, les partis suivront sa volonté», a dit M. Erdogan devant des sympathisants qui scandaient «peine de mort» en présence de l'opposition.«Apparemment, il n'y a pas la peine capitale en Europe, mais ils l'ont aux États-Unis, au Japon, en Chine. La plupart des pays l'appliquent», a lancé le président Erdogan.

Juste avant lui, le chef d'État-major, le général Hulusi Akar, qui avait été brièvement enlevé par les putschistes, avait été interrompu par la foule lors de son discours aux cris de «peine de mort».

Dès le surlendemain du putsch avorté, promettant d'éliminer «le virus» factieux au sein de l'État, le président Erdogan avait évoqué un possible rétablissement de la peine capitale, abolie en 2004 dans le cadre de la candidature d'Ankara à l'entrée dans l'Union européenne.

Un rétablissement de la peine capitale sonnerait le glas des négociations sur une adhésion de la Turquie au bloc européen tout en aggravant l'inquiétude à l'étranger sur le non-respect de l'État de droit.

Des services de transport gratuits pour aller manifester

Ce «rassemblement de la démocratie et des martyrs», organisé sur la grande esplanade de Yenikapi, au bord de la mer de Marmara, doit parachever trois semaines de manifestations nocturnes des partisans du chef de l'État sur les places de nombreuses villes du pays.

«La démocratie triomphe, les places appartiennent aux peuples», pouvait-on lire dans la nuit de samedi à dimanche sur des tracts distribués dans les boîtes aux lettres détaillant les services de transport gratuits par ferry, bus ou métro pour accéder à la manifestation. «Tu es un cadeau de Dieu Erdogan» ou «Ordonne nous de mourir et nous le ferons», pouvait-on lire sur certaines pancartes brandies par des partisans du président turc.

«Nous sommes ici pour montrer que ces drapeaux ne retomberont pas, que l'appel à la prière ne sera pas réduit au silence et que notre pays ne sera pas divisé», a expliqué à l'AFP Haci Mehmet Haliloglu, un fonctionnaire de 46 ans qui est venu de la ville d'Ordu, au bord de la mer noire. «C'est quelque chose qui dépasse la politique, c'est soit notre liberté soit la mort», ajoute-t-il.

Le président Erdogan a invité les dirigeants des partis laïque et nationaliste, qui affichent leur soutien au gouvernement depuis le putsch manqué et partagent la même détestation du mouvement Hizmet du prédicateur Fethullah Gülen, accusé d'avoir fomenté la tentative de coup d'État.

«La seule manière d'éliminer les coups d'État est de raviver les valeurs de la République. Ces valeurs qui font notre unité devront être exprimées avec force à Yenikapi», a déclaré sur son compte Twitter Kemal Kilicdaroglu, le chef de file du parti laïque CHP (Parti républicain du peuple, opposition).

Le parti pro-kurde HDP n'était pas convié

La brutalité du putsch avorté du 15 juillet, qui a fait plus de 230 morts, a choqué un pays où la dernière tentative de coup d'État remontait à 1980.

Même les adversaires d'Erdogan, qui dénoncent son autoritarisme, préfèrent le voir se maintenir à la présidence que de connaître un nouveau coup d'État, comme ceux qui ont rythmé l'histoire du pays dans la seconde moitié du XXe siècle. L'union nationale n'est cependant pas tout à fait complète. Le parti de gauche pro-kurde HDP (10% aux dernières élections) n'a pas été convié au rassemblement et son leader Selahattin Demirtas n'a pas été invité à rencontrer Erdogan comme les autres présidents de parti.

L'opposition s'interroge déjà sur le fait de savoir si la restructuration en cours de l'armée, qui se fait sans droit de regard du parlement, ne va pas trop loin. Des milliers de militaires, dont 40% de généraux, ont été démis de leurs fonctions. Au total, plus de 60.000 militaires, magistrats, fonctionnaires ou enseignants ont été interpellés, suspendus ou font l'objet d'enquêtes judiciaires.

 

Erdogan, premier dictateur «national-islamiste» ?

FIGAROVOX/ENTRETIEN - C'est une foule gigantesque qui s'est rassemblée ce dimanche autour d'Erdogan. Pour Caroline Galactéros, l'Occident n'a pas voulu voir l'implantation d'un «national-islamisme» conquérant aux portes de l'Europe, qui montre aujourd'hui son vrai visage

Docteur en science politique et colonel au sein de la réserve opérationnelle des Armées, Caroline Galactéros dirige le cabinet d'intelligence stratégique «Planeting». Auteur du blog Bouger Les Lignes, elle a publié Manières du monde. Manières de guerre(Nuvis, 2013) et Guerre, Technologie et société (Nuvis, 2014).

FIGAROVOX. - Une marée humaine de centaines de milliers de Turcs arborant des drapeaux rouges a déferlé sur la grande esplanade de Yenikapi à Istanbul pour célébrer la démocratie turque et ses martyrs morts lors du coup d'Etat manqué. Que vous inspirent ces images?

Caroline GALACTEROS. - Une grande inquiétude. Sur le degré de claire conscience du peuple turc concernant les évènements depuis trois semaines, sur la facilité avec laquelle le président Erdogan a imposé une interprétation parfaitement fallacieuse des évènements, osant prétendre «sauver la démocratie» alors que sa purge méthodique est en train d'en extirper toutes les racines pour longtemps. Soit la population est tombée dans le piège des mots et de la démonstration de fermeté du pouvoir face à un putsch d'ailleurs fort mal monté et soigneusement éventé (via les Russes et peut-être même les Iraniens) ; soit - je penche plutôt pour cette seconde hypothèse -, en regardant ces images, nous prenons (bien trop tard) la mesure de la force de l'imprégnation islamiste de la société turque. L'AKP est au pouvoir depuis 2002. Il lui aura fallu moins de 15 ans pour transformer une société profondément laïque et tournée vers l'Occident (l'armée turque étant la garante sourcilleuse de cette laïcité!!) et aspirant à un rapprochement avec l'Europe en un peuple fortement islamisé (surtout dans ses couches populaires mais aussi désormais dans une partie de ses élites) ; un peuple que sa «frustration européenne» a convaincu que l'avenir était pour lui à l'Est, vers l'Asie (notamment centrale), vers le Moyen-Orient et vers un islamisme assumé comme véhicule d'une stratégie d'influence régionale et globale offensive.

La reprise en main du pouvoir est un spectaculaire retournement de situation pour le président Erdogan, qui, il y a encore un mois, paraissait en fâcheuse posture, aux prises avec une vague d'attentats islamistes sans précédent, critiqué pour sa politique inefficace en Syrie, pour sa convergence objective d'intérêts (de toutes natures) avec Daech devenue trop voyante, enfin pour son offensive militaire contre les Kurdes alliés de Washington. Lui qui prétendait rebâtir l'Empire ottoman et faire jeu égal avec Vladimir Poutine ou Ali Khamenei voire même tenir la dragée haute à son maître américain semblait avoir fait de mauvais calculs, victime de sa folie des grandeurs et de ses double-jeux, réussissant à monter contre lui Moscou, Washington, Téhéran et Ryad… Las! Son cynisme et son opportunisme sans pareils lui ont permis de sentir le vent tourner sur le théâtre militaire syrien (au profit du régime et de ses mentors russe et iranien) et de faire à temps une volte-face spectaculaire pour rallier les positions de Moscou et Téhéran, trouver même soudainement des mérites à Bachar el-Assad, quitte à fâcher Washington (il sait qu'il reste important pour l'Alliance atlantique) et l'Europe insignifiante et piégée par un accord léonin sur les réfugiés qui va lui permettre de nous faire chanter tout à loisir…. Ce qui se passe en Turquie est donc aussi le signe d'une évolution globale de la situation au Moyen-Orient et du rapport de force américano-russe dans la région et même au delà.

Déjà pendant le coup d'Etat du 15 juillet, Recep Erdogan avait réussi à faire se soulever la foule islamiste contre les chars putschistes. Là encore, les manifestants ont acclamé avec conviction leur président salué comme un rempart démocratique. Comment expliquer ce lien paradoxal entre Etat autoritaire, voire dictatorial, et démocratie?

C'est une victoire massive des Frères musulmans (dont le parti politique du président est une émanation) qui va sans doute provoquer à moyen terme un appel d'air politique considérable dans toute la région, mais aussi en Europe.

Nous sommes face à un retournement de sens et à une mobilisation populaire qui traduit sans doute malheureusement l'état réel de la société turque.

Qui a fait un coup d'Etat en fait?

Je crains que ce ne soit Erdogan en personne.

Un coup réussi, un coup de maître qui lui permet de mener à bien l'éradication de ce qui restait de kémalistes laïcs et protecteurs de la démocratie turque d'une part, et du courant islamiste concurrent de Gülen très influent dans la société et surtout plus occidentaliste et atlantiste d'autre part.

Bref, il s'est magistralement servi de cette tentative de déstabilisation (ou coup de semonce américain pour le remettre dans le rang?) pour éliminer larga manu ses deux rivaux politiques majeurs et les évincer de toutes leurs positions au sein des forces armées mais aussi de la justice, de l'enseignement, des média, de l'économie, etc. La Turquie est donc en train de s'autonomiser radicalement et durablement par rapport au monde occidental et de faire renaître le rêve ottoman sous la férule d'un véritable dictateur qui fait croire à sa population médusée et admirative, qu'il sauve la démocratie en déracinant ses plus profonds soutiens. C'est aussi clairement une victoire massive des Frères musulmans (dont le parti politique du président est une émanation) qui va sans doute provoquer à moyen terme un appel d'air politique considérable dans toute la région, mais aussi en Europe. Mis en échec en Tunisie et en Egypte notamment, les Frères ont trouvé leur nouveau «champion» et Erdogan est en train de constituer en Turquie un pôle d'attraction au service de cette confrérie internationale toujours très influente et agissante qui ne manquera pas de faire des émules.

Recep Erdogan a parlé «d'union nationale» et de «nouvelle Turquie». Que vous inspirent ces notions?

«La nouvelle Turquie» est là. Elle assume son caractère islamique et entend se lancer à la reconquête de son aire d'influence ottomane sans se faire dicter une quelconque règle de comportement par l'Europe ou même par Washington. «L'Union nationale» est celle d'un peuple, qui, abusé et/ou convaincu, semble préférer la férule contraignante d'un Etat fort et craint aux incertitudes d'une perméabilité culturelle à la démocratie ou à l'occidentalisme dévoyé. Les élites économiques turques quant à elles, pour préserver leurs intérêts, vont devoir passer des compromis avec le nouveau pouvoir dont on connaît les appétits économiques et financiers. Kemal Atatürk a vécu. Et un pion de taille vient de tomber dans l'escarcelle de l'islamisme conquérant. C'est une très mauvaise nouvelle.

La mondialisation n'a pas engendré des démocraties libérales avec des chefs en retrait comme ce peut être le cas en Occident. Les grands pays émergents ont tendance à plébisciter des démocraties fortes que d'aucuns appellent des «démocratures» à l'image de Vladimir Poutine en Russie. Ne vous semble-t-il pas que Recep Erdogan est en train de franchir une dangereuse limite?

En Chine, en Iran, en Russie, en Afrique et même en Europe (Hongrie, Pologne), des pouvoirs forts proposent aux peuples inquiets des synthèses imparfaites mais résilientes d'autoritarisme assumé, de libéralisme économique tempéré et de souverainisme mâtiné de populisme.

Notre entêtement présomptueux à démolir par le feu les Etats laïcs forts, certes dictatoriaux mais stables et protecteurs de la diversité ethnique et confessionnelle du Moyen-Orient (Irak, Syrie, Libye) au prétexte d'y protéger les populations n'a produit pour elles que drames et désolation. Il a aussi alerté bien des autocrates en herbe et nourri leurs crispations autoritaires. En Chine, en Iran, en Russie notamment mais aussi en Afrique et même dans certains pays d'Europe (Hongrie, Pologne) aux prises avec la menace migratoire, des pouvoirs forts proposent aux peuples inquiets des synthèses imparfaites mais résilientes d'autoritarisme assumé, de libéralisme économique tempéré et de souverainisme mâtiné de populisme.

La figure du «Chef» - si décriée dans une Europe dont les politiciens se refusent à être autre chose que des gestionnaires mous de l'impuissance consentie -, est à l'œuvre dans de multiples parties du monde. Et même si des abus, des excès existent, elle rassure, elle comble un besoin profond de protection. Elle est vécue comme un mal nécessaire, un rempart contre la dissolution identitaire, contre la déstabilisation commanditée de l'extérieur ou permise par une complaisance intérieure, contre l'atomisation des sociétés livrées au communautarisme étroit sous prétexte de respect des identités et des confessions. Bref les nations et les peuples se vengent et l'idéal démocratique en fait les frais…

La Turquie d'aujourd'hui peut inquiéter à très juste titre, car Erdogan met cette synthèse au service d'une ambition néo-impériale, d'un national-islamisme offensif qui s'oppose frontalement à l'Europe. Elle n'est clairement plus compatible avec nos canons et nos référentiels d'Etat de droit ou de droits de l'homme. En fait, nous sommes soudainement rattrapés par une évidence: le décentrage non seulement géographique mais politique du monde. L'Europe (ni même l'Amérique) n'en sont plus le(s) centre(s) mais des pôles fragiles, prisonniers de leur renoncement déjà ancien à l'autorité, à la souveraineté, aux frontières, au courage politique, à la verticalité de l'exercice du pouvoir, à l'idée de guider un peuple au lieu «d'accompagner» ses turpitudes et des inconséquences.

Enfin, si nous n'avons certes, comme presque toujours rien vu venir, ne commençons pas en plus à battre notre coulpe sur le thème «si nous avions admis la Turquie dans l'UE, cela ne serait pas arrivé». C'est d'ailleurs, - ironie tragique du sort - l'Union européenne elle-même qui, au nom de l'intégration par Ankara des normes politiques européennes, a privé il y a quelques années de ses prérogatives constitutionnelles le Conseil National de Sécurité turc (MGK) jusqu'alors précieux défenseur du caractère laïc du pouvoir contre les dérives religieuses (Erdogan et Gülen avaient eux-mêmes subi ses foudres à la fin des années 90 ! ). Nous n'avons rien compris à la réalité politique turque ni à la pénétration lente de l'islamisme dans ce pays. Voilà tout. Et ce n'est pas fini… L'accord de dupes conclu par la chancelière allemande nous expose désormais à tous les chantages du Sultan dont les déclarations comminatoires ont d'ailleurs déjà commencé.

Le cas de la «démocratie souveraine» russe, de mon point de vue, n'est pas du tout comparable à celui de la Turquie qui dérive vers un régime autocratique mais surtout islamiste et expansionniste. La Russie est historiquement, culturellement, religieusement et politiquement européenne et n'a d'autre ambition que de préserver son territoire et sa «profondeur stratégique» à la fois militaire et culturelle. Mais l'Europe sous tutelle américaine ne veut pas d'elle et l'Occident la rejette avec constance aux marges de son aire d'influence depuis plus d'un quart de siècle déjà.

Alors, comme la Chine de son côté est en train de constituer un pôle gigantesque d'attraction politico-économique concurrent de celui d'un Occident en panne d'influence, Moscou prend acte de notre défiance et rejoint progressivement le groupe des nouveaux maîtres de l'ordre international… qui ont tous en commun de ne plus accepter la moindre leçon de notre part. Nous en sommes furieux, envieux, marris mais nous n'en pouvons mais…

Quant aux peuples européens, qui perçoivent bien plus directement que nos élites hors sol le danger d'une perte de substance nationale et craignent chaque jour davantage l'emprise islamiste mais aussi, avouons-le, de l'islam tout court sur leurs contrées chrétiennes sécularisées mais affaiblies, ils conçoivent de plus en plus que leur sécurité passe désormais par la mise sous contrainte de certaines libertés et surtout par la verticalité assumée d'une «guidance», d'une direction courageuse donnée à l'Etat et à la Nation. La France, plus encore que d'autres nations en Europe, a un besoin urgent que soit forgée une synthèse politique spécifique adaptée à notre Etat de droit et au respect de notre histoire politique mais aussi à la réalité du monde, et qu'une telle autorité s'incarne enfin dans une personnalité véritablement convaincante et dédiée à notre salut collectif.

Les Occidentaux, qui pensaient que Recep Erdogan mettait en place en Turquie une démocratie islamique sur le modèle de la démocratie chrétienne, déchantent. Comment expliquez-vous que la plupart des analystes n'aient pas vu la vraie nature du régime nationaliste, autoritaire et islamiste du nouveau sultan?

Notre aveuglement est confondant de naïveté et évidemment dangereux. Nous tenons, chez nous comme ailleurs, l'islamisme pour un inoffensif courant politico-religieux ; nous n'osons pas lui tenir tête au prétexte qu'il serait le légitime refuge des nouveaux «damnés de la terre». Et fait aggravant, nous ne pouvons pas concevoir que notre ethnocentrisme ignorant et pontifiant ait fait des ravages et provoque encore des réactions épidermiques dans lesquelles s'engouffrent l'autoritarisme et/ou et l'islam conquérant. Nous sommes face à un énième démenti de cette double faiblesse de jugement qui nous perd et nous aveugle face à la réalité du monde. Nous ne voulons pas voire la faillite manifeste de l'utopie du «Regime change» qui n'a provoqué que chaos et désolation et ouvert la voie à la pénétration massive de l'offensive islamiste.

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Mouvement Gulen : Les dessous d'une confrérie religieuse qui rêve de contrôler l'Etat turc

 

 

 

dimanche 31 juillet 2016, par Engin

Source : http://lequotidienalgerie.org/2016/07/21/mouvement-gulen-les-dessous-dune-confrerie-religieuse-qui-reve-de-controler-letat-turc/

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Mouvement Gulen : De l'emprisonnement de journalistes aux tentatives de coups d'État. Les dessous d'une confrérie religieuse qui rêve de contrôler l'État turc

A la suite de la mise sous tutelle par le gouvernement turc d'un des plus importants journaux de Turquie, Zaman, une mobilisation importante a eu lieu en Occident, notamment en France pour dénoncer l'atteinte à la liberté d'expression que représente cette mise sous tutelle. Un soutien émotionnel compréhensible, face à ce qui est perçu comme la mise sous silence d'un journal au motif de ses critiques contre le gouvernement.

Mais malheureusement, ce qui manquait dans la transmission d'informations sur le sujet dans les médias français était une mise en perspective contextuelle. Car une information ne peut être comprise sainement qu'en étant replacée dans un contexte plus général et en donnant des informations complémentaires sur la nature des protagonistes. C'est ce que nous proposons de faire ici pour éclairer le public français, trop souvent victime de raccourcis médiatiques sur les évènements en Turquie.

A qui appartient le journal Zaman ?

Ce journal appartient à un mouvement islamiste turc très répandu à travers le monde et très puissant. Le dirigeant du mouvement étant Fethullah Gulen, résidant aux États-Unis. Le leader du mouvement, auteur de nombreux ouvrages, fait office de maître à penser pour les membres du mouvement, ses fidèles lui vouant un véritable culte de la personnalité.

Le mouvement Gulen est très puissant, il dispose d'importantes ressources financières à travers des dons d'hommes d'affaire, mais il dispose aussi d'organes de presse (dont le journal Zaman), de maisons d'édition, et d'établissements scolaires dans de nombreux pays. On parle d'environ 4000 écoles privées en Turquie et de plus de 500 dans d'autres pays.

Ce mouvement fonctionne comme une secte, selon de nombreux témoignages, où les fidèles sont complètement assujettis au mouvement. Certains comparent même le mouvement à la scientologie.

Pourquoi le gouvernement turc s'attaque à ce mouvement ?

Officiellement le mouvement Gulen se présente comme apolitique, la réalité est toute autre. Depuis des années le mouvement a infiltré tous les espaces d'influence en Turquie. Ainsi, ils disposent de membres de leur organisation dans différents partis, médias ou associations. Leurs écoles et leurs médias sont aussi utilisés comme un relais d'influence politique. Mais surtout, ils ont infiltré de manière profonde les services de police, la justice et l'administration turque.

Le gouvernement AKP s'est longtemps appuyé sur ce mouvement et ses réseaux pour pouvoir faire face à l'armée turque. Mais en réalisant que le mouvement Gulen exigeait au gouvernement de plus en plus de prérogatives, et qu'il devenait pratiquement plus puissant que le gouvernement élu démocratiquement, d'où l'accusation d'être un État dans l'État, le pouvoir turc a décidé de prendre certaines mesures pour réduire l'influence du mouvement Gulen.

La mesure qui fait éclater le conflit au grand jour étant le vote de la fermeture des écoles du mouvement Gulen par le Parlement turc.

A la suite de cela, le mouvement Gulen est entré en guerre avec L'État en usant de ses réseaux d'influence. Diffusion d'enregistrements téléphoniques de responsables de l'AKP, obtenus illégalement et en violation totale du respect de la vie privée, grâce à leurs hommes dans la police. Ouverture d'enquêtes et arrestations de responsables politiques liés au gouvernement, grâce aux hommes de Gulen présents dans la justice.

Dans un État de droit cela est inacceptable. En effet, un mouvement qui n'a pas été élu par le peuple, ne peut pas être plus puissant que le gouvernement, et n'a pas le droit de décider de l'ouverture d'enquêtes judiciaires ou de l'arrestation de responsables politiques. De plus, il est encore plus grave que ce mouvement soit en capacité d'écouter au téléphone n'importe quel citoyen turc. Enfin le mouvement Gulen est allé jusqu'à révéler des informations militaires confidentielles, mettant en danger la sécurité nationale.

Les « magouilles » du mouvement Gulen font aujourd'hui l'objet de nombreuses enquêtes, et on découvre de jour en jour l'ampleur du pouvoir et de la gangrène de ce mouvement dans les organes de l'Etat.

« Plusieurs fonctionnaires agissent sous les ordres des « frères du mouvement Gulen », raconte un ex-membre doyen. Ils ont été nos élèves, nous les avons formés et nous les avons soutenus, lorsque ces enfants reconnaissants arrivent en poste, ils continuent à servir Gulen ». En 2006, l'ancien chef de la police Adil Serdar Sacan a estimé que les Fethullahcis tenaient plus de 80% des positions haut placées des forces de police turques. « L'affirmation que le TNP (Police Nationale Turque) est contrôlée par les Gülenistes est impossible à vérifier mais nous n'avons trouvé personne pour la contredire », a écrit James Jeffrey, qui fut ensuite ambassadeur américain à Ankara, dans un câble diplomatique de 2009. »[3]

Il est donc aujourd'hui certain que le Mouvement Gulen est très puissant et dispose d'une influence importante parallèlement au gouvernement sur les institutions de L'État, telles que la justice, la police et très probablement l'armée.

« Recep Tayyip Erdogan, dont M. Gulen fut l'allié entre 2002 et 2011, s'est servi sans réserve de cette influence : il a utilisé des magistrats et des policiers gulénistes pour mettre fin à la tutelle militaire sur la vie politique — avant d'accuser le mouvement, lorsque la crise a éclaté, fin décembre 2013, de s'être infiltré dans la justice et la police. Face à ces attaques, certains réseaux gulénistes se sont jetés dans la mêlée, au risque de mettre en péril l'image spiritualiste de leur chef. Ces deux épisodes montrent bien le pouvoir de l'organisation. Après avoir efficacement contribué à expulser de la scène son adversaire historique, l'armée, elle a fortement déstabilisé l'homme fort du pays, M. Erdogan : ce sont des magistrats proches d'elle qui ont engagé les poursuites judiciaires sur les cas de corruption au sommet du pouvoir. »[4]

Le réseau Gulen est-il vraiment pour la liberté d'expression ?

On voit aujourd'hui en Turquie, comme en France, les journalistes de Zaman protester contre les mesures restrictives qu'ils subissent au nom de la liberté d'expression. La version française « Zaman France » a notamment obtenu le soutien de quelques personnalités ou médias d'envergure. Or, ce qui est occulté, c'est que Zaman est l'outil d'un mouvement qui a des buts politiques précis et qui use pour les atteindre de tous les stratagèmes possibles, notamment des moyens complètement immoraux et illégaux. Ainsi leur stratégie actuelle de victimisation n'est pas très crédible quand on sait qu'ils ont eux même emprisonné des journalistes les critiquant il y a quelques années, comme nous allons le voir en fin d'article.

Le journal critique beaucoup le gouvernement turc, mais les a-t-on déjà entendu dénoncer les manigances politiques et financières dans lesquelles est mêlé le réseau Gulen ? Ont-ils déjà publié une critique intellectuelle de la pensée du Fethullah Gulen ou de ses actions ? Bien sûr que non.

Quand le réseau Gulen emprisonnait des journalistes critiques de leur mouvement

Pire que cela, il n'y a pas si longtemps, quand le mouvement Gulen n'était pas encore en conflit ouvert avec le gouvernement AKP, et que ce dernier avait besoin d'eux, ils se permettaient, en violation totale des principes hiérarchiques et de l'État de droit, de mettre des gens en prison, simplement pour avoir critiqué le mouvement Gulen ou son leader.

Le journaliste turc Ahmet Sik emprisonné pour avoir critiqué Gulen.

En effet, en 2011, le journaliste turc Ahmet Sik a été arrêté par la police car il s'apprêtait à publier un livre dénonçant les pratiques scandaleuses du Mouvement Gulen et notamment ses tentatives d'OPA sur la police turque. Son livre « l'armée de l'imam » a été censuré et son auteur a été emprisonné. Il est évident que cette arrestation est le fruit des hommes de Gulen au sein de la police et de la justice (le livre concernant Gulen et non Erdogan). Le journaliste Nedim Sener a lui aussi été emprisonné pour avoir critiqué le mouvement Gulen.

Un texte de Reporter Sans Frontières relatait l'acharnement judiciaire dont a été victime Ahmet Sik, pour avoir osé critiqué Gulen « L'acharnement dont fait preuve le parquet pour éliminer toute trace du manuscrit d'Ahmet Sik ne fait au contraire que renforcer les soupçons sur le caractère politique de l'arrestation de son auteur. « L'Armée de l'Imam » enquête sur l'infiltration de la police, traditionnellement gardienne du kémalisme laïc, par le mouvement islamiste de Fetullah Gulen. »[5]

RSF avait d'ailleurs fermement dénoncé cette arrestation : « Reporters sans frontières est profondément choquée par la saisie et la destruction de toutes les copies connues du dernier manuscrit non publié d'Ahmet Sik. Cet ouvrage, qui explore les relations entre la police et l'influent mouvement islamiste Gulen, contiendrait des révélations sur les dessous du procès antiterroriste « Ergenekon » qui empoisonne la vie politique turque depuis plusieurs années.

Non contente d'empêcher sa publication et d'incarcérer son auteur, la justice turque a perquisitionné les trois lieux où le manuscrit était susceptible de se trouver, et sommé quiconque pourrait encore le posséder de le remettre à la justice sous peine de poursuites pénales. En interdisant la simple détention d'un fichier informatique, la justice gravit un échelon inédit dans la répression des journalistes d'investigation proches de l'affaire « Ergenekon », et pose un précédent extrêmement dangereux. En répandant l'idée que chaque courriel reçu par un journaliste peut le mener derrière les barreaux, elle fait peser une pression aberrante et inacceptable sur les professionnels des médias. »[6]

Ahmet Sik mettait notamment en avant dans son livre, la manière dont le mouvement Gulen avait infiltré les organes de l'État et parasitait l'État de Droit, et surtout comment il utilisait ses fidèles infiltrés pour défendre les intérêts personnels du mouvement et son pouvoir.

Évidemment, vous n'entendrez pas parler de ces arrestations violant la plus élémentaire des libertés d'expression dans le journal Zaman, même pas sa version française.

La condamnation de Zaman est liée aux pratiques illégales du mouvement Gulen, non à son opposition au gouvernement.

Ainsi, le gouvernement turc tente, parfois par des moyens critiquables, de freiner l'influence d'un mouvement qui parasite l'État de Droit et la démocratie en Turquie, et qui s'est rendu coupable de nombreux délits. Un nombre important de policiers liés au mouvement ont notamment été écartés. Il s'agissait donc ici de mettre sous tutelle le journal Zaman en raison des pratiques illégales du mouvement Gulen, bien plus que de taire un journal en raison de son opposition au pouvoir turc.

La preuve étant que parmi les nombreux journaux d'opposition en Turquie, qui critiquent quotidiennement le gouvernement turc, seul Zaman a fait l'objet de cette mesure. Les journaux très critiques à l'égard de l'AKP et d'Erdogan tels que le journal Hurriyet (deuxième journal du pays) ou encore le journal Milliyet et de nombreux autres continuent à publier quotidiennement leurs journaux sur une ligne hostile au gouvernement, et n'ont fait l'objet d'aucune mise sous tutelle.

Le mouvement Gulen peut-il être derrière le coup d'Etat ?

A la lumière des éléments mentionnés, il est de l'ordre de l'évidence que le mouvement Gulen bénéficie de relais importants au sein de l'armée et de la justice turque, même s'ils ont été affaiblis par les « purges » du pouvoir turc au sein de la police, la justice et l'armée. On a vu précédemment que le mouvement Gulen était en mesure d'ordonner l'arrestation d'individus par la police, de lancer des procédures judiciaires contre des éléments gênant de l'AKP en violation de la hiérarchie étatique et du monopole de l'État de l'autorité légitime, et qu'ils disposaient même d'enregistrements de conversations militaires secrètes de haut niveau, ce qui prouve la présence de leurs fidèles au sein de l'armée turque.

Le fait que le mouvement Gulen nie l'implication dans la tentative du coup d'État [7] n'est pas du tout une preuve de sa non culpabilité, en effet, surtout après l'échec de cette tentative, le mouvement a tout intérêt à faire croire qu'il n'est pas impliqué. Un aveu direct de sa culpabilité pourrait notamment entrainer une extradition de Fethullah Gulen en Turquie. L'Histoire est pleine d'exemples de complots fomentés par des groupes ou des États en niant publiquement toute implication.

Un épisode assez récent, datant du 19 janvier 2014, est très révélateur concernant la puissance et le niveau d'infiltration du réseau Gulen. Il s'agit de l'interception d'un camion appartenant aux services secrets turcs (MIT), contenant apparemment des armes, qui se dirigeait en Syrie, et qui, selon les différentes versions, devaient être livrées à des rebelles syriens ou à la minorité turkmène persécutée en Syrie qui fait l'objet d'un souci particulier de la part de la Turquie. Le Camion a été intercepté par des policiers et gendarmes sur décisions de plusieurs magistrats, et des photos ont été prises pour être divulguées à la presse en vue de déstabiliser le gouvernement AKP.[8]

Cet épisode nous montre que les gulenistes ont été capables de saboter une opération des services secrets turcs (MIT) et de divulguer des informations relevant du secret militaire avec la complicité de policiers, gendarmes et magistrats. Un événement d'une telle ampleur démontre qu'un tel mouvement, disposant d'une telle force de frappe et volonté de nuire ne peut coexister avec les principes de la démocratie et de l'État de droit.

De plus, la sincérité de la condamnation de la tentative de coup d'État peut être remise en cause par le fait, que lors de précédents coups d'État militaires en Turquie, notamment celui de 1980 et celui de 1997, Gulen avait soutenu les coups d'État contre des gouvernements élus démocratiquement, ce qui remet sérieusement en cause ses propos actuels laissant entendre qu'il est toujours par principe contre les coups d'État militaires.[9]

Différentes sources révèlent aussi les liens existants entre Fethullah Gulen et la CIA. A titre d'exemple, les écoles de Gulen en Asie centrale auraient été utilisées comme couverture pour 130 opérations d'espionnage de la CIA au Kirghizistan et en Ouzbékistan[10], ce qui expliquerait le protection américaine à l'égard de Fethullah Gulen, et les campagnes de promotion de sa personne par certains médias américains en occultant complètement les activités parallèles du mouvement.

Ainsi, le mouvement Gulen bénéficiant d'un important réseau au sein des services de l'Etat, possédant un mobile solide en termes de volonté de nuire au gouvernement turc et d'augmenter son pouvoir sur l'Etat, est accusé depuis des années de chercher à faire un coup d'État, même par des disciples de Said Nursi (maitre de Fethullah Gulen)[11]. La probabilité de son implication dans la tentative de coup d'Etat qui a eu lieu dans la nuit du 16 au 17 juillet est très forte. Enfin, n'importe quel État démocratique qui subirait les nuisances d'un tel mouvement chercherait légitimement à s'en débarrasser pour protéger l'État de droit.

Julien Khoury, journaliste indépendant