Les camps de l'État Français
en Afrique du Nord
Michel Lévy
| La mentalité xénophobe et l'antisémitisme qui régnaient dans les milieux militaires et pieds noirs d' avant guerre a pu s' exprimer librement en Algérie. Si le débarquement américain a évité le pire, on a continué à persécuter les juifs en leur présence. L' arrivée du Général de Gaulle a ouvert les bagnes. | ![]() |
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Mise à jour du dimanche 15/3/2009 : L'AFANOM obtient pour les survivants des camps de travailleurs israélites en Algérie le statut de déporté politique. Reste à reconnaître que la libération ne fut pas le débarquement américain de novembre 1942, mais l'arrivée du général de Gaulle en mai 1943 |
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Dernière mise à jour :
dimanche, 15/03/09
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Au centre communautaire de Dijon Le Centre Communautaire Juif de Dijon, mondialement connu par ses adhérents organise régulièrement des conférences. Ce dimanche après midi, il faisait beau, et cependant une bonne vingtaine de personnes s'étaient dérangées pour écouter des conférenciers, vu la taille de la communauté, c'est mieux que si les parisiens avaient rempli la mutualité !
Comme les organisateurs l'avaient annoncé nous avons eu droit à une conférence en duo de Jacob OLIEL et de Norbert BEL ANGE. Jacob Oliel vient du Sahara, il est originaire de Colomb Bechar, et c'est un passionné d'histoire. Outre son dernier livre (Les camps de Vichy. Magreb-Sahara 1939-1944. Ed. du Lys. 2006. Quebec), il a déjà publié sur l'histoire du royaume juif du Touat à l'occasion du 500 ème anniversaire de la destruction de cette communauté (du Nord-Ouest Saharien d'où viennent les Touati et Touitou). Son exposé a mis en évidence la face caché de l'armée française, qui répond comme en échos aux interrogations de la famille Herz publié ici même le mois dernier, pourquoi la France n'a t-elle pas profité des volontaires étrangers venus à son renfort dès 1939 ? Les camps d'internementLes camps d'internements ont été crée avant la débâcle, après le décret du 12 novembre 1938. Ce texte traite, en autres choses de "l'assignation à résidence et de l'internement" des étrangers et pour ceux qui présentent "un péril pour l'ordre public" et décrète l'ouverture de "centres spéciaux où (ces indésirables) feront "l'objet d'une surveillance permanente". Ce décret crée aussi la carte de séjour. Le 30
septembre M Daladier avait
signé les accords de Munich, et il avait obtenu les pleins
pouvoir en octobre. Avec la débâcle, on a regroupé un
nombre impressionnant de personnes dont beaucoup s' apprêtaientà combattre
le nazisme. Il y avait onze catégories d'indésirables : - Les ex légionnaires, c'est à dire les Volontaires engagés pour la durée de la guerre. (15 % étaient juifs) - Les internés politiques : communistes, syndicalistes, nationalistes d'Afrique du Nord dont Messali Hadj précurseur du FLN - Les républicains espagnols - Les ressortissants des "pays ennemis". En 1941, un ressortissant allemand était nécessairement un ennemi, car très probablement réfugié fuyant le régime nazi. - Les condamnés de droit commun - Les internés administratif - Les homosexuels - Les francs maçons - les juifs bien sûr.. Ce sont plus de cent camps de prisonniers que le régime de Vichy a fait vivre en Algérie,et selon Denis Pechanski, ces camps sont consubstentiels à Vichy. On trouvait donc dans ces camps des gens de tous âges et de toutes religions, le doyen était un musulman de 84 ans ! beaucoup ont été enfermés pour des prétextes fallacieux ou bénins, par exemple, seize notables de la communauté juive d'Alger, accusés sans preuve de commerce illicite, des grévistes, des gens accusés d'injure au chef de l'état, ou de menées communistes, indigènes etc... on trouvait des juifs dans la plu part des catégories d'indésirables. Les autorités cherchaient à éloigner ces gens pour faire cesser leur influence sur la société avec l'approbation de la majorité des européens et des militaires qui étaient acquis au régime de Vichy, et n'avait rien contre les nazis.
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Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS, Centre d’histoire sociale du XXème siècle (Paris 1), est l’auteur de « La France des camps : l’internement, 1938-1946 », éd. Gallimard, 2002, 26.50 €.
fondation pour la mémoire de la déportation
Saliha Zerrouki-Kherbouche consacre une captivante recherche à un écrivain espagnol méconnu Max Aub qui fut déporté avec d’autres compatriotes dans les camps d’internement de Djelfa au début des années quarante. L’internement républicain par Nicolas Fisher Doctorant en sciences politiques à l’IEP de Paris Le Gisti est le Groupe d’information et de soutien des immigrés, association qui à partir de sa connaissance du droit des étrangers et de son expérience défend les étrangers, et participe au débat d’idées sur les politiques migratoires.
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M Norbert Bel Ange consacre sa retraite à étudier le sort peu enviable des volontaires juifs engagés pour la durée de la guerre. Les deux exposés auxquels nous avions assisté se répondent l'un à l'autre, l'infamie était la même. Les patriotes considérés comme des délinquants étaient progressivement transformés en bagnards. Hébergés sous des marabouts, c'est à dire de grandes tentes dans le désert, brûlant le jour, et glacé la nuit, la faim était leur lot quotidien. Le Maréchal Pétains avait chargé Weygand de remettre sur les rail le projet de train «mer-Niger» à travers le Sahara, il a trouvé dans les engagés volontaires pour la durée de la guerre de la main d'oeuvre gratuite. Désarmés, habillés de brick et de broc, on pouvait deviner vaguement qu'ils avaient été militaires et lentement, de transfert en transfert, on les a transformé en véritable bagnards, chargés notamment de construire le chemin de fer Mer-Niger. Certains ont tenté de fuir pour rejoindre le Général Leclerc, mais c'était périlleux, ceux qui voulaient se battre étaient considérés comme des déserteurs et risquaient d'être fusillés ! En fait, les autorités préparaient l'extermination des juifs, des recensements étaient fait, il y en avait 157 mille en Algérie, 162 au Maroc, 78 en Tunisie, et 15 mille au Sahara. Les étoiles jaunes étaient livrées et leur distribution a été arrêtée par le débarquement américain. Les pieds noirs et l'armée d'Algérie étaient profondément antisémites, beaucoup plus que les musulmans. Les pieds noirs étaient très
anti-juifs,
depuis le décrêt Cémieux (1870) qui naturalisait 35 000 juifs,
et bien avant l’affaire Dreyfus, l’antisémitisme s’étalait
au grand jour: la première ligue antijuive est créée en
1892 ; en mai 1898. A l’Assemblée Nationale il y avait 6 députés
d'Algérie, parmi eux, 4
étaient du « Parti Antijuif ». En
1910, il y avait 21 journaux antisémites, dans
un texte non polémique ni hostile, décrivant l'ensemble
des populations d'Algérie et leur relation à la France, M.E.F.
Gautier, professeur à la faculté
d'Alger a pu écrire
en 1930 un texte qui peut s'appliquer à l'état
d'Israël tel qu'il est vu par les dictatures arabes «Les
juifs algériens sont ici ce qu'ils sont plus ou moins toujours été dans
l'univers entier, un corps étranger enkysté». (*
voir la phrase dans son contexte), Les autorités française locales étaient à l'écoute des antisémites, elles n'ont pas attendu les ordre de Pétain pour agir, le 27 juillet 1941, avant le décret d'aryanisation des biens juifs le préfet Pierre Pages arrête tous les notables juifs d'Alger pour les spolier . Le débarquement américain du 8 novembre 1942 (largement préparé par un groupe comprenant de nombreux juifs, dont le Dr Henri Aboulker) n'a rien changé pour les juifs. Alors que progressivement, les prisonniers politiques étaient libérés, les mesures discriminatoires imposées par Weygand restaient de vigueur, le général Giraud s'accrochant griffes et ongle à sa politique raciste anti-juive. Les bagnes où sévissaient des militaires sans scrupule continuaient à voir mourir des malheureux privés de tout, sauf de travail, de malnutrition, et de brimades. Il aura fallu toute l'habileté du Général de Gaulle pour arriver à Alger en mai 1943, et le 20 octobre 1943 pour la nationalité française soit rendue au juifs d'Algérie ! En attendait on continuait à mourir au camp de Bedeau, ce camp d’internement ouvert en Algérie par Giraud sous la France libre après la libération du territoire par les américains en 1942. Les soldats français d’origine juive algérienne, soldats et appelés, on été directement internés dans ce camp pendant un an. La résistance aux allemands étaient très faible, on ne comptait que 400 résistants, dont 92 % de juifs ! durant cette période les musulmans sont restés neutres, il faut noter que contrairement à bien des métropolitains, très peu d'entre eux ont chercher à profiter de la misère qui frappaient les juifs. Les mesures antisémites ont décrédibilisé la France, à quoi bon tendre vers une citoyenneté qu'on pouvait vous retirer à tout moment ? |
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Épilogue Enfin, après l'arrrivée du Général de Gaulle à Alger, le Général Le clerc est venu à Djidjelli( dans l'est algérien) pour recruter les membres du Corps Franc d'Afrique parmi lequel se trouvaient de nombreux juifs certains étant passés par ces camps d'internement, il tenait à "botter le cul" aux allemands, ils se sont engagés en masse et sont allé jusqu'à Berchtesgaden. Le gouvernement allemand a reconnu la
déportation
de juifs d'Afrique du Nord, et se propose de les indemniser .
Par contre du côté français, on jette un voile pudique,
il faut dire que des camps sinistres comme celui de Bossuet près
de Siddi Bel Abbès a ensuite servi à enfermer et à maltraiter
des indépendantistes Algériens dont beaucoup ont été torturés
et exécutés. Plus clair, avant
l'ouverture des archives aux historiens, beaucoup de documents ont mystérieusement
disparus. |
Excellente synthèse signée "Cyrano"
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De Norbert Bel Ange
Cher Michel, j'ai bien reçu ton beau travail de recension de notre journée à Dijon. Merci beaucoup. Juste une précision quant au général Leclerc: Il s'est rendu à Djidjelli( dans l'est algérien) pour recruter les membres du Corps Franc d'Afrique parmi lequel se trouvaient de nombreux juifs certains éant passés par ces camps d'internement. J'aimerais, si tu le veux bien, que tu me communiques qq commentaire à propos de ton article . Merci . Et continue de diffuser de telles informations. Norbert Très amicalement. |
| Les camps d'internement en Afrique du Nord sous le régime de Vichy Chacun sait que le régime de Vichy avait créé, en métropole, les camps d'internement, pour emprisonner des Juifs avant de les envoyer en déportation : Gurs, Drancy, Pithiviers, Beaune-la-Rolande, etc. La liste est longue. Mais peu de gens connaissent l'existence de camps en Afrique du Nord. C'est de cela que vont nous parler les deux orateurs qui se passionnent tous deux pour ce sujet et qui vous proposeront également leurs livres. Quand Vichy internait ses soldats juifs d'Algérie : Bedeau, sud oranais, 1941- 1943 Il est temps de faire connaître cet internement de soldats juifs français sur le territoire algérien. Déchus de leur citoyenneté française, exclus de l'armée, ils furent internés parce que juifs. Depuis la fin de la guerre, depuis 1958 plus particulièrement, les gouvernements successifs de la République Française ont ignoré le désir profond de ces Français de voir leur triste histoire connue et reconnue. Et ce jusqu'à aujourd'hui. Depuis peu, l'Etat allemand les a reconnus comme étant des victimes du régime nazi ou de ses affidés. A quand la reconnaissance de la France ? Depuis ses premiers travaux publiés en 1987, Norbert BEL ANGE (natif de Mostaganem), s'est attaché à mieux connaître l'histoire de l'Algérie et des Juifs d'Algérie plus particulièrement. Il a écrit également : Les Juifs de Mostaganem (L'Harmattan, 1998) et de Oran sur Méditerranée (Curutchet 1990). LES CAMPS de VICHY au MAGHREB et au SAHARA (1939 - 1944) Les commémorations de 2004 ont permis de montrer ce que fut l'horreur des camps d'extermination nazis. Ce pouvait être l'occasion d'évoquer le souvenir d'autres camps - ceux du Maghreb et du Sahara -, d'autres victimes et d'informer sur la réalités de ces camps où furent internées, de la façon la plus arbitraire, quelques 150 000 personnes de tous âges, de toutes origines, de toutes confessions … En effet,ces gens, si divers, ont enduré les plus terribles humiliations, subi des souffrances, des tortures et pour certains, le supplice fatal, dans ces camps de l'oubli. Jacob OLIEL, Juif saharien et chercheur indépendant, s'est donné pour mission de reconstituer l'histoire - fabuleuse - et totalement occultée des Juifs au Sahara. Jacob Oliel est né à Colomb-Béchar, dans le Sahara algérien, où il a vécu une grande partie de sa vie. Il effectue encore de fréquents voyages dans le désert, afin d'y poursuivre ses recherches historiques. |
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